Récemment, une plumitive, a surgi, non plus adolescente et couronnée de pampres, à la façon de Bacchus, celle-là, non point adulte et casquée d'or, ainsi que Minerve, mais coiffée d'un toupet plus audacieux que celui du Riquet à la Houppe fameux, par ailleurs aussi indigent que celui de Cadet Roussel, aux trois poils célèbres. Quant aux pieds que cette néophyte qui ne doute de rien, et surtout pas d'elle-même, croit devoir fourrer dans tous les plats, où les précède son nez sans narines, je vous réponds qu'ils ne sont pas allégés d'ailerons, à la guise de ceux de Mercure, mais chaussés de sabots en plomb, qui font les légers, et confondent le pas de l'Ours avec la danse des Sylphes, après avoir embrouillé le menuet avec la bourrée.

Jamais le siècle des improvisés de tout genre, entre lesquels nous vivons, n'aurait osé rêver pareille création ex nihilo, dans le département des cryptogames. Jusqu'à ce jour, le Marquis de Carabas avait battu le record de la génération spontanée; mais la Marquise de Charabia lui coupe l'herbe sous le pied, et cette herbe me paraît venir tout droit et tout dru, de la prairie où se tient le conseil pestiféré du bon La Fontaine. De cette prairie remontent tous les mornes airs dont l'ocarina ne veut plus, et qui étonne même les batraciens. Les plus vieillottes, les plus falotes des plaisanteries sur Wagner reparaissent dans des soi-disant articles, dont ne voudrait pas un Fœmina du Négus.

Et ce sont des attendrissements sur le gibier, qui se passerait d'être mangé à cette sauce, et des réflexions sur le dîner en ville, dans un style qui fait penser au dîner des Aïssaouas, lesquels mangent du verre pilé et avalent des sabres.

La dame, qui a sans doute trop à faire pour apprendre à écrire, aime beaucoup ce verbe faire, et l'emploie à tout bout de ligne, pour gagner du temps et tondre sur le reste. Elle a «fait Palerme et d'autres coins», sans compter ceux qu'elle nous «bouche» (pour parler comme elle), et vante les choses qui «font gai», non moins que celles qui «sentent cher». Je n'insisterai pas davantage sur l'écriture de la dame, qui, si elle était sincère, l'appellerait «l'écriture tesson de bouteille», et n'en parlerait plus. Peut-être bien consentira-t-elle à ne plus parler; mais elle se résignera mal à ne plus gribouiller, et les presses gémiront, pour préparer le lecteur à faire de même. En attendant, elle est celle auprès de qui la Duchesse de Verluise représente Malherbe; elle «se coule dans ses bottines» (sic), et dans l'esprit des amateurs de bonnes lettres.

Quant à ses connaissances et à sa philosophie, j'en laisse juger. Elle nous dit: «la hideuse, la terrassante maladie, qui anéantit tout en vous et autour de vous: projets, travail, lumière de la vie, qui vous fauche sans vous tuer, et vous laisse des yeux pour voir, un cerveau pour comprendre et des forces pour souffrir.»

Évidemment la dame ignore que Pascal et Heine ont tiré de leurs indicibles maux, le premier, ses plus sublimes clartés, le second, ses plus vifs éclats.

Et elle «poursuit sa carrière», comme le dieu de Jean-Baptiste Rousseau, blâme les nouvelles danses, affirme que, pour en revenir à la vieille tradition française: il faut se remettre à valser.

Pardon, excuse, dame «hyperboréenne des anciens jours», ainsi que Baudelaire vous aurait peut-être appelée, le mot valse s'écrit walse; Musset a expliqué pourquoi, dans deux vers connus.

Un jour, un des soi-disant articles dus à cette plume, ensemble raseuse et ébarbée, tomba sous les justes, mais sévères regards de ma cuisinière, qui n'aime pas le travail bâclé, ce qui fait que je la garde. Elle y jeta les yeux dédaigneusement, puis elle conclut: «si c'est ça qui s'appelle écrire, j'aime mieux faire du hachis

L'habitude des émotions fortes, le goût du looping, et même du doping (mon cordon-bleu, qui pratique Berlitz, est fort préoccupé de savoir si Monsieur de Montbel triomphera dans l'affaire de Bonbon Rose), ont changé les motifs d'inspiration de nos domestiques. Schwob a noté que l'odeur des pommes blettes agissait fortement sur le génie de Schiller. L'odeur du sang agit de même sur cette Madame Vatel héroïque. Les jours (rares!) où le journal ne lui présente aucun assassinat sensationnel, ses ragoûts sont ternes. Une secousse sismique, un coup de grisou, des vivants ensevelis, des morts décorés trop tard, lui font faire de bonnes sauces. Cette femme aurait dû servir à Herculanum. Mais, je l'ai observé, l'adultère n'agit pas sur l'art d'accommoder les restes.