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Ce qui suit, je le prends, (nullement comme cible, car, je n'y mets pas, cette fois, d'intention de malice) mais comme type des exercices de mnémotechnie, infligés aux sociologues mondains, par l'état actuel, et qui rappellent ces dictées de Compiègne, que Feuillet et Mérimée hérissaient pédantesquement de difficultés grammaticales, pour éprouver la syntaxe des invités de séries.
On parle d'une cérémonie religieuse, à propos d'une adolescente de nom Israëlite. L'esprit, tout aux fêtes du Ramadan, se met en marche dans la direction de la Rue de la Victoire. Pas du tout, il faut rebrousser chemin: c'est une première communion qui vient de se célébrer. L'esprit se met en route dans la direction de Chaillot. La marraine de cette jeune personne privilégiée n'est autre qu'une Grande Duchesse Russe, qui assiste à la cérémonie. L'esprit se dirige alors vers la Rue Daru. La mère de l'enfant est née Chevigné. L'esprit s'achemine vers le théâtre d'Orange où ce vocable triomphe, mais non sans passer par la chancellerie, où le nouvel époux de cette dame, Monsieur Wiener, sollicite et obtient de changer son nom pour celui de Croisset, ce qui fait dire à Gustave Herbeau, sans fiel, mais non sans gaieté, «le nom de Wiener est à prendre, j'en veux.»
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L'abbé Lemire se voit refuser la communion par le curé d'Hazebrouck. Il en fait faire le constat (du retrait de l'Eucharistie, rien que ça!). Saint Thomas d'Aquin (troisième partie, question 80, article 6) et Saint Alphonse de Liguori (numéro 50) justifient de ce traitement.
Maintenant, il faut bien en convenir, beaucoup de gens n'y voient aucun intérêt. L'Eucharistie, c'est devenu comme une sorte de Joconde pieuse, quelque chose d'énigmatique, de lointain, d'exagéré, de désuet. Quand le chef-d'œuvre de Léonard s'est retrouvé, j'ai entendu un jeune homme de bonne foi dire avec sérieux: «croyez-vous vraiment que cela ait tant d'importance?» Et pour ramener l'attention défaillante sur le plus émouvant des objets d'art, il fallut donner des détails piquants sur la vie privée du recéleur.
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Une des plus déplorables attitudes des gens dits du monde, c'est leur impéritie, presque leur hébétude en face d'un envoi de livre, qui les frappe—selon l'expression de Baudelaire—«comme le tonnerre fait de certains animaux.»
Quelques-uns, pour masquer leur incompétence, se répandent en remerciements rapides sur le seul don, mais sans les motiver, car ils ne parlent pas du volume; quelques-uns accusent réception, comme d'une paire de chaussures à un cordonnier, ou d'une bourriche, à un camarade; aucun ne se hasarde au seul acte indiqué, désiré, souhaitable, que seuls accomplissent ceux qui ne sont pas du monde, à savoir: vous parler de votre ouvrage, prouver par une citation délicatement ou ingénieusement élue, qu'ils ont lu, senti, compris; non, les mondains, outre qu'ils en sont incapables, craignent de formuler une appréciation, quelle qu'elle soit, de se prononcer et de voir leur revenir un jugement à eux attribuable et qui les compromette.
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