Pourquoi y a-t-il des gens qui s'adressent aux bouches d'égout, quand ils désirent entendre parler de leurs amis, et disent-ils, après cela, que la voix publique n'est pas favorable à ces derniers? Il y a vox publica et via publica.
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Modèle des phrases délicates que tournent les journaux bien pensants autour des pirouettes nocturnes d'une danseuse: «jadis l'étoile indiquait le chemin aux rois mages. Cette fois encore, c'est vers l'Étoile, Anna Pavlova, que se dirigent ses fervents, qui voudront la contempler…»
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Quand les actrices cessent de jouer des rôles offerts à toutes, auxquels elles impriment la marque de leur personnalité, quand, au lieu de cela, elles font écrire des pièces pour elles, elles cessent d'être des artistes, plus rien que des mannequins promenant sur la scène des sentiments de commande et du dialogue sur mesure, comme d'autres un chapeau ou un chiffon qui s'assortit à leurs cheveux ou fait valoir leur teint, plutôt que de les amplifier en les transfigurant.
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Celle des démangeaisons contemporaines qui produit les plus grosses cloques, en même temps que les ampoules les plus vides, vient de la tarentule balkanique. Peut-être ne serait-il pas impossible d'en signaler des exemples antérieurs; mais, pour nous, elle date de Carmen Sylva, de qui la manifestation apparaît comique, au point de ne pouvoir être surpassée dans le genre. Je veux dire un lyrisme falot et follet que la dame prenait au sérieux chaud comme braise et dur comme fer, et s'imaginait naïvement confiner au sublime. Son élève, disciple et copiste, la grosse Vacaresco, emboîta le pas et se mit à pondre du dithyrambe au mètre et pour petites bourses. Aujourd'hui la bru de feu la vieille souveraine ne laisse rien à désirer sur le terrain censé artiste. L'an dernier, elle faisait représenter chez le bénévole et coupable Rouché, une œuvre soi-disant dramatique et composée pour distraire une fillette malade. La maman l'est bien davantage. Cette année, elle s'attaque au genre de Perrault, dont l'aune de boudin devrait bien lui sauter au nez, pour lui apprendre à éviter les confusions de genre, et elle ridiculise les Quarante auxquels elle arrache des préfaces qui suent le snobisme, la flagornerie et la pommade.
Carmen Sylva, je l'ai noté ailleurs, s'était fait photographier tendant à une madone terrifiée une couronne de papier et une lyre de carton. Sa belle-fille la dégote et se présente à l'appareil, sous forme de cette madone elle-même, entre deux flambeaux géants, accommodés pour l'électricité ou pour le gaz.
Je l'ai dit, ce genre de cocasserie est essentiellement balkanique; nulle part ailleurs on n'en relèverait de traces, sauf chez la Duchesse de Verluise, qui les a contractées de la monumentale Hélène, et chez la Baronne de Pierrebourg, qui n'offre pas, que je sache, de rapport ethnique avec la Bulgarie ou la Roumélie. Néanmoins, sur ce propos, il serait prudent de consulter Gyp.
Mais ceci, je le répète, ce sont des cas follets et falots; le plus curieux, c'est s'ils pouvaient s'allier avec le mérite. Or ils le peuvent. La Comtesse Mathieu de Noailles, qui débutait avec des dons charmants, dans «le Cœur innombrable», et même une sorte de génie atmosphérique, végétal, frutescent et olfactif, en a perdu la plus grande part et ne fait plus que se rabâcher depuis qu'elle s'est mise à courir les prix, les croix et les Académies, encore une forme de la tarentule balkanique.