Donc en définitive, l'on me donnait carte blanche, par rapport à cette charte ténébreuse, et quel que soit le traitement que voterait, pour son contenu compact, mais léger, le verdict de mon tribunal, on le jugerait assorti au démérite d'une pièce équivoque, par mon souci de la solidarité et mon obéissance aux usages. Ma compétence fut aussi mentionnée; l'épithète d'indiscutable, qui la rehaussait, me trouva rebelle; je crus devoir la discuter, même la décliner, moins par modestie que par politesse, mais non sans faire observer que mieux encore, mieux surtout que des lumières problématiques, l'indulgence est appréciable, en ces cas spécieux. On connaît la mienne.

«De la douceur!» conseillait Verlaine. Une fois encore, je ne revendiquai d'autre droit que de suivre son conseil; pas non plus d'autre récompense.

On annonça Otto.

Écrit avant 1914.

Propos sur le Seuil.

«Le dîner fut excellent: le mot Madère ne fut même pas prononcé.»

Théodore de Banville.

Au printemps de 1921, il m'est arrivé d'être malade, à la suite des épreuves de la Guerre, assez rudes pour un vieil homme, et de trois publications qui m'avaient bouleversé; mais malade d'une maladie qui dépassait les bornes, une maladie qui peut faire cesser de vivre, et m'a permis de réunir des réflexions assez caractéristiques sur le «chien vivant préférable au lion mort

Ce n'est pas que mon soi-disant mauvais caractère (qui n'est qu'une permanente manifestation de la VÉRACITÉ laquelle déplaît à tous et dont Fourier a si bien défini le rôle répulsif) ce n'est pas que cette humeur, dis-je, me prive de compter ce qu'on nomme des amis, même charmants, même plus charmants que beaucoup d'autres, enfin capables de m'écrire pour témoigner d'alarmes sincères, prendre de mes nouvelles, endommager de coûteuses voitures sur des routes peu carrossables, m'envoyer des hortensias bleus et des robes de chambre de soie violette capables de faire revenir à la vie. Mais, tout cela, je l'avoue, à une condition, quelquefois difficile à remplir, et à l'égard de laquelle l'insubordination peut entraîner de graves conséquences; cette condition, c'est de ne pas dépasser les limites de l'indisposition mondaine, et les bienséances du dernier soupir.

J'ai connu une personne qui disait—mais, celle-là, ironiquement—«quand la maladie cesse d'être décente, il n'y a plus qu'à s'en aller.» Elle savait que si, dans ces conditions là, on ne s'en va pas, ce sont les autres qui s'en chargent.

J'ai cité, dans un passage de ce livre, le mot d'une dame qui, voyant sa fille indisposée au début des fêtes du printemps, la rappelait à l'ordre et lui disait sévèrement: «vous savez pourtant bien, Mademoiselle, que c'est une époque à laquelle on ne parle pas de ces choses-là