L'ivoire n'en était pas moins remis en scène, et n'en menait pas large, comme vous allez en juger.
Parmi les pages recueillies, de l'auteur des Destinées, il y en avait une que ne pouvait souffrir l'auteur de la «Dame aux Violettes». Violette oblige. Que de violettes! Quand nous serons à dix, nous ferons une croix, ou une bannière. Heureusement que l'hysope et la violette firent toujours bon ménage, et que la première, maniée par la seconde, rend à la pureté toute sa blancheur. Dieu soit donc loué! Tout reste dans l'ordre, puisque voilà Vigny réhabilité par qui de droit. C'est égal, il l'a échappé belle, et on peut se demander ce qui serait advenu de la fameuse Turris Eburnea, si sa destinée, à elle, ne l'avait fait voisiner avec le Cabinet du Gaulois, qui dispense la neige et l'albâtre.
Quelques malavisés jugeront peut-être qu'il eût été préférable de ne point rappeler l'attention publique, sur cette folie d'âge mûr d'un homme vertueux; que personne n'a su gré à Maxime du Camp d'avoir révélé le mal dont mourut Flaubert, et que les mains, sincèrement pieuses, s'exercent dans l'ombre, plutôt qu'en première page des grands quotidiens. On sourira, comme il convient, de ces retardataires, si peu dans le mouvement, et l'on se dira que si violette oblige, mutualité ne fait pas moins.
Alors, gare à Monsieur Arthur Meyer! si jamais un chiffon de papier se permettait de chiffonner son prestige, et même de taquiner sa pudicité, nous aurions recours à une table tournante, pour faire protester l'ombre d'Alfred de Vigny!
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Mademoiselle, qui était en veine, se déclara charmée d'une récente forme de critique théâtrale, laquelle décidait de grader les attitudes des comédiennes. C'est ainsi que Madame Sarah Bernhardt, cotée «Princesse du Geste», Madame Leblanc en devenait la Marquise.
Par suite d'un de ces jeux symétriques auxquels se plaisait l'esprit logicien de l'Institutrice en disponibilité, celle-ci proposa d'élire d'autres noms d'actrices, pour les titres demeurés vacants; mais il se trouva tant de têtes croissantes, à loger dans ces couronnes diminuées, qu'il fallut renoncer à une distribution, qui aurait exigé de multiplier les fleurons et les trèfles, au moins autant de fois que les trois poissons de l'Évangile.
Alors l'Irlandaise sortit de sa poche un livre qui venait de paraître, et dont la dédicace l'intriguait, en parlant du «cœur breton de la Princesse Lucien Murat.» Miss affirma que, si des origines celtiques avaient, en effet, doté d'un cœur breton, la Princesse, non pas du geste, celle-là, mais de la mode, la jeune femme devait à ses alliances, de sentir également battre, dans sa poitrine, un cœur mingrélien, ce qui, d'une part, la dotait de deux cœurs, comme les perdrix de Paphlagonie, et de l'autre, exigeait que ces deux cœurs fussent si distants, qu'il semblait bien difficile de les loger dans un buste, correspondant à ce que la littérature d'autrefois appelait «une taille de guêpe».
—«Cette particularité d'avoir deux cœurs, n'est pas si rare que l'on croit—dit Elphaige.—Voyez, par exemple, Armand, qui a deux amis; l'un, chevaleresque, loyal, plein de droiture et de générosité; l'autre, sempiternellement versé dans de petits potins, appliqué à de médiocres perfidies. On ne saurait aimer deux êtres si différents avec le même organe. Armand aime donc le premier avec son cœur précieux; le second, avec son cœur sans importance.»
L'insulaire qui, l'on s'en souviendra peut-être, s'était naguère montrée favorable à l'auteur de l'Ile du Rêve, en avait, sans doute, rappelé depuis, car elle critiqua aigrement le titre du cahier de mélodies qu'il venait de mettre en vente. Elle prétendit que, seuls, les auditeurs avaient droit de proclamer «éperdu», le rossignol qu'on prenait pour symbole de son propre chant, non sans quelque témérité. Plus de modestie convenait aux intitulés—ajoutait Miss—ne fût-ce que pour s'entendre dire: «mon ami, montez plus haut», comme dans l'Écriture.