Sçavoir de quelle conséquence sont les lettres en amour.
Amans aimés, qui n'avez d'autre envie
Que de passer en aimant votre vie,
Écrivez et matin et soir,
Écrivez quand vous allez voir,
Et, quoique vous alliez dire: Ha! que je vous aime!
Écrivez-le et donnez votre lettre vous-même.
Écrivez la nuit et le jour:
Les lettres font vivre l'amour.
Sçavoir si une dame doit demander à son amant qu'il brûle ses lettres ou qu'il les lui renvoie.
À votre amant ne demandez jamais
Qu'il vous envoie ou brûle vos poulets:
On doit estimer quand on aime,
Et l'on a tort de s'engager
Quand la défiance est extrême,
Ou seulement qu'on peut songer,
Iris, qu'un amant peut changer.
Sçavoir comment un amant en doit user sur les lettres qu'il reçoit de sa maîtresse.
Gardez, amant plein de tendresse,
Les lettres de votre maîtresse,
Non pour en abuser un jour,
Mais comme gage de l'amour;
Et là-dessus prenez bien garde
Que la belle ne vous regarde
Comme un impérieux vainqueur
Qui dans une injuste contrainte
La voudroit tenir par la crainte
Plutôt que par son propre cœur;
Et, pour lui mieux lever toutes les défiances,
Laissez entre ses mains, dans vos moindres absences,
Ses faveurs, ses lettres d'amour,
Le tout jusqu'à votre retour.
Sçavoir s'il est vrai, comme quelques uns disent, que l'amour s'use dans un cœur sans qu'on en sçache la raison.
Quand un amant vous dit que l'amour, malgré soi,
S'est usé dans son cœur, et qu'il ne sçait pourquoi,
Il vous dit une menterie;
Mais la raison qu'a cet amant
De finir sa galanterie
Vaut si peu qu'il n'a pas assez d'effronterie
Pour vous la dire librement.
Il craindroit de vous faire une trop grande offense
S'il vous disoit que l'inconstance
Vient de sa propre volonté:
Si bien qu'il croit vous moins déplaire
En vous parlant de cette affaire
Comme d'une nécessité.
Mais cependant la vérité,
Iris, est que, comme en soi-même
On sçait toujours pourquoi l'on aime,
Pour peu qu'on l'ait examiné,
Aussi jamais on ne se quitte
Sans raison, ou grande, ou petite.
Sçavoir si, dans un grand sujet de plainte, un amant peut s'emporter avec excès en parlant à sa maîtresse.
Lorsque une maîtresse coquette
Vous forcera de vous aigrir,
Il ne faut pas vous retenir;
Mais, dedans quelque état que le dépit vous mette,
Fuyez les termes insolens,
Qu'avec respect votre colère éclate.
Je ne défends pas qu'on la batte,
Car c'est affaire aux paysans,
Et je parle aux honnêtes gens.