Sçavoir à quoi l'on peut connaître si l'on est aimé.

Si, pendant une longue absence,
L'objet qui cause tous vos feux
Ne perd jamais une occurrence
De vous reconfirmer ses vœux;
S'il est aise de vous revoir,
Mais de cette aise naturelle
Qu'on ne peut montrer sans l'avoir,
Assurez-vous qu'il est fidèle.

Sçavoir ce qui prouve bien qu'un amant aimé aime.

Lorsqu'un amant près de sa dame,
Qui brûle aussi des mêmes feux,
Lui parle toujours de sa flamme,
Il faut qu'il soit fort amoureux.

Sçavoir lequel, de l'amant ou de la maîtresse, donne de plus grandes marques d'amour?

Quand, blessés des mêmes coups,
Nos ardeurs sont mutuelles,
Les dames font plus pour nous
Que nous ne faisons pour elles.
Nous ne pouvons pour ces belles
Rien faire équivalant un de leurs billets doux.

Sçavoir s'il suffit entre les amans de se faire les plaisirs qu'ils se sont promis.

À son amant aimé donner ce qu'il demande,
La faveur n'est pas grande;
Mais, Iris, pour lui faire un extrême plaisir,
Il le faut prévenir:
Car, enfin, je soutiens devant toute la terre
Qu'on se fait peu valoir,
En amour ainsi qu'à la guerre,
Quand on ne fait que son devoir.

Sçavoir si, quand on aime quelqu'un, on peut dire tout de bon à un autre: «Que ne puis-je être à deux sans me rendre infidèle, Ou que ne suis-je à moi pour me donner à vous!»

Ou l'on se moque d'une belle
À qui l'on tient ces propos doux:
«Que ne puis-je être à deux sans me rendre infidèle,
Ou que ne suis-je à moi pour me donner à vous!»
Ou, si l'on parle sans feintise,
On veut reprendre sa franchise
Et faire quelque méchant tour:
Car, enfin, si tôt qu'on souhaite
De partager ou quitter son amour,
Je tiens l'affaire déjà faite.