Iris, lorsque vous n'aimez pas,
Ne croyez point à ces paroles:
«Pour vous je courrois au trépas.»
Ma foi, ce sont des hyperboles.
Mais lorsque votre cœur ressent les mêmes coups,
Je comprends bien par moy que l'on mourroit pour vous.
Sçavoir ce qu'on préféreroit, ou la mort ou l'infidélité de son amant.
Vous demandez avec instance
Ce que je choisirois plutôt en mon amant,
De la mort ou de l'inconstance.
Croyez-vous qu'en cela je balance un moment?
J'aimerois mieux mourir, Sylvie,
Que s'il avoit perdu le jour;
Mais je l'aimerois mieux sans vie
Que sans amour.
Sçavoir s'il faut que les amans cherchent à se voir le plus qu'ils peuvent et le plus commodément.
Vous qui ne croyez pas, imbéciles amans,
Voir jamais assez vos maîtresses,
Vous pourriez bien, par vos empressemens,
Trouver la fin de vos tendresses.
Laissez donc des difficultés,
Ne levez point tous les obstacles;
Autrement, sans de grands miracles,
Vous serez bien tôt dégoûtés.
Sçavoir si les amans qui se voient commodément en particulier doivent chercher encore à se voir souvent en public.
Il faut voir souvent sa maîtresse
Loin des témoins, hors de la presse,
Mais en public fort rarement;
Et voici mon raisonnement:
Si sa flamme a trop de lumière,
Le mari la voit, ou la mère,
Et ce malheur peut être grand;
Si son air est indifférent,
L'amant peut croire qu'en la belle
L'indifférence est naturelle.
Sçavoir s'il faut épouser sa maîtresse publiquement, clandestinement, ou ne la point épouser du tout.
Qui veut épouser sa maîtresse
Veut la pouvoir haïr un jour.
Le peché fait vivre l'amour,
Et l'hymen mourir la tendresse;
Mais si l'on craint fort le péché,
Il faut que l'hymen soit caché.
Sçavoir s'il est possible que les amans qui se marient s'aiment encore longtemps après.