[123] Dans l'édit. que nous reproduisons, le texte suit, divisé par Entretiens; dans une édition postérieure, l'Entretien XVIII est précédé d'un nouveau titre et des mots «seconde partie», qui ne semblent pas motivés.
[124] Jacques-Henri de Durasfort, duc de Duras, chevalier des trois ordres du Roi, gouverneur de Besançon et du comté de Bourgogne, capitaine des gardes du corps, fut nommé maréchal de France le 30 juillet 1675. Il avoit épousé Marguerite Félice de Lévis Ventadour, dont il eut un fils. Sa terre de Duras en Guyenne avoit été, dès 1668, érigée en duché avec cette clause que, faute d'hoirs mâles, cette terre reprendroit son ancienne qualité et ne retourneroit pas à la Couronne. Les lettres ne furent vérifiées en parlement que le 1er mars 1689.—Son frère Guy de Durasfort, fut duc de Lorge et aussi maréchal de France. Des filles de ce dernier, l'une épousa le duc de Saint-Simon, l'auteur des Mémoires, l'autre le duc de Lauzun.
[125] M. de Brissac, major des gardes du corps, chevalier de Saint-Louis depuis la fondation de l'ordre en avril 1693, étoit lieutenant-général depuis le mois de mars de la même année. Il étoit gouverneur de Guise. Saint-Simon fait de lui «un fort simple gentilhomme tout au plus, qui n'étoit ni ne se prétendoit rien moins que des Cossé... C'étoit de figure et d'effet une espèce de sanglier, qui faisoit trembler les quatre compagnies des gardes du corps, et compter avec lui les capitaines, tout grands seigneurs et généraux d'armée qu'ils étoient... Il s'étoit acquis toute la confiance du Roi par son inexorable exactitude... Avec tout l'extérieur d'un méchant homme, il n'étoit rien moins, mais serviable sans vouloir qu'on le sût.»—Voir à la suite dans Saint-Simon le récit du tour qu'il joua aux fausses dévotes de la Cour. Elles attendoient le Roi au Salut, toutes munies d'une petite bougie qui éclairoit leur livre pour elles, et leur visage pour le Roi. Brissac ayant dit tout haut aux gardes de se retirer, les bougies s'éteignirent et les dames quittèrent la chapelle. Le Roi arriva peu après, et rit beaucoup lorsqu'il apprit pourquoi l'église, ordinairement trop petite, étoit déserte ce soir-là. «Toutes ces femmes auroient voulu l'étrangler.»
[126] Les pages de la Chambre appartenoient à de très-bonnes familles nobles du royaume; en échange des services qu'ils lui rendoient, le Roi se chargeoit de leur éducation et de leur avenir. Il a daigné leur consacrer une page de ses Mémoires. On lit dans l'Etat de la France de 1669: «Le Roi entretient vingt-quatre pages de sa Chambre toute l'année, dont chacun des quatre premiers gentilshommes a six; et Sa Majesté leur entretient des maîtres sur tous les exercices convenables à des personnes de qualités. Les Pages entrent avec la garde-robe le matin et le soir dans la chambre du Roi pour donner les mules à Sa Majesté.»—En outre, la grande écurie avoit 55 pages, bien qu'il n'y eût de fonds que pour 19; ils avoient un gouverneur, un sous-gouverneur, un aumônier, un précepteur. On leur enseignoit les exercices de guerre, la carte (géographie), la musique, la danse; la petite écurie avoit 21 pages, dont deux à la vénerie, élevés dans les mêmes conditions.
[127] Le duc d'Orléans, frère du Roi.
[128] Sur l'évêque de Noyon, voyez ci-dessus, page 182, note [106].
[129] L'île de Tendresse appartient à la géographie des précieuses, comme ce pays de l'Amour-propre où La Rochefoucauld dit qu'il reste beaucoup de terres inconnues. Il existe un livre italien fort singulier, intitulé: «della Geografia trasportata al morale, del Padre Daniello Bartoli, della compagnia di Giesù. Milano, 1665.» 1 vol. in-18. L'auteur, dans les Iles Fortunées voit les espérances de Cour; dans les cataractes du Nil, le domaine des grands parleurs qui assourdissent ceux qui les écoutent; dans le mont Parnasse, la vie insensée de qui chante sur autrui et pleure sur soi-même, etc. Chaque pays est le sujet d'un long chapitre, bourré de citations et de préceptes moraux empruntés à toute l'antiquité.
[130] Voyez ci-dessus, page 144, note [63].
[131] Le maréchal de Villeroy avoit confié à M. de Montal la direction du siége de Dixmude. François de Neufville, duc de Villeroy et de Beaupreau, pair et maréchal de France, étoit fils de Nicolas, duc de Villeroy, aussi maréchal de France, et de Magdelaine de Créqui. Nommé chevalier des ordres en 1688, maréchal de France en 1693, il étoit alors commandant de l'armée de Flandres. Il dirigea en personne le bombardement de Bruxelles, malgré une armée de 25,000 hommes, et continua longtemps encore ses succès militaires, interrompus cependant en 1702, qu'il fut fait prisonnier à Crémone. Malgré la perte de la bataille de Ramilies, en 1706, il conserva la confiance du Roi, et fut nommé, en 1714, ministre d'Etat, chef du Conseil royal des finances; après la mort de Louis XIV, il fut nommé gouverneur du jeune roi Louis XV.
[132] «En vous apprenant le siége de Dixmude, je vous apprends en même temps sa prise [après 36 heures de tranchée], dit le Mercure galant de juillet 1695. M. de Blanchefort en apporta la nouvelle au Roi le 30 de ce mois. M. de Montal en a fait le siége... Après quelques contestations, le gouverneur consentit à se rendre prisonnier de guerre avec toute la garnison, montant environ à 5,300 hommes... J'apprends en ce moment qu'aussitôt après la prise de Dixmude, Deinse ouvrit ses portes aux troupes du Roi, et qu'il y avoit dans la place cinq régiments faisant environ 2,500 hommes qui se sont rendus prisonniers de guerre.»