Mlle du Tron.—Sire, j'admirois l'eau comme le principe de toutes choses, suivant la pensée d'un philosophe[66].
Le Roi.—Quoi, Mademoiselle, vous suivez déjà les idées de ces grands hommes à l'âge où vous êtes? Ah! défaites-vous de ces pensées obscures et douteuses, qui ne font que fatiguer les personnes qui s'y abandonnent.
Mlle du Tron, d'une manière précieuse.—Sire, Votre Majesté saura aussi que je ne m'embarrasse pas beaucoup des sentiments erronés des philosophes; je n'en parle seulement qu'en passant, et pour me divertir.
Le Roi.—Vous faites très-bien, ma chère demoiselle, de ne vous pas occuper l'esprit de ces fadaises qui n'ont rien de solide; l'Amour, ce petit Dieu des cœurs, est quelque chose de bien plus doux.
Mlle du Tron, poussant un grand soupir.—Ah! Sire, ce nom me fait trembler. Dieux, qu'il est redoutable, cet amour que Votre Majesté trouve si charmant!
Le Roi.—Hé! que vous a fait, Mademoiselle, ce pauvre enfant pour le traiter de la sorte? Ce n'est pas l'amour qui fait peur aux belles comme vous; car je sais que vous aimez, et peut-être de plus d'une manière.
Mlle du Tron.—Votre Majesté, mon Prince, m'apprend qu'il y a plusieurs amours; mais j'ai toujours cru qu'il n'y en avoit qu'un qui soutenoit l'Univers.
Le Roi, se passionnant.—Il est vrai, ma charmante, c'est justement celui-là que je souhaite qui vous puisse blesser. Aimez-moi donc, si vous ne l'avez pas encore fait.
Mlle du Tron.—Ah! Sire, je crains...
Le Roi.—Hé! que craignez-vous, Mademoiselle? ne suis-je pas Roi?