Mme de Maintenon.—Sire, voici des nouvelles, mais non pas des meilleures. Que dites-vous du mauvais état de nos affaires? Un exprès est venu ce matin, qui m'a dit que Casal et Namur[64] sont assiégés par les ennemis, et que nos généraux commencent à perdre courage.

Le Roi.—Parbleu, Madame, je n'y puis que faire; je suis si las de la guerre que je voudrois n'y avoir jamais songé. Les inquiétudes d'amour sont mille fois plus douces que celles de Mars, qui ne fait que des impressions de sang et de carnage, qui ne donne point de repos; et, pour être partout où l'on donne une bataille, cela n'est point de mon goût.

Mme de Maintenon.—C'est donc pour cela, Sire, que vous avez toujours des retours de cette passion qui rejaillissent incessamment, quelques prières que je fasse à saint Benoît[65] pour la continence de Votre Majesté? O sang rebelle et désobéissant au Souverain: quand triompherons-nous de vous?

M. Bontemps.—Madame, ces petits emportements sont pardonnables à notre grand Monarque; c'est dans les bras de Vénus qu'il se délasse des travaux de la guerre et des soins de son royaume, qui fatiguent Sa Majesté nuit et jour.

Mme de Maintenon, peu contente et montrant un chapelet.—Monsieur, ne flattons pas les Princes dans leurs défauts, par politique et par intérêt. Voilà où mon Prince doit appliquer tous ses soins, à dire souvent son chapelet et bien prier Dieu.

Le Roi, d'un ton méprisant.—Madame, cessez de me rompre la tête de vos dévotions outrées. Allez seulement porter une chandelle de Saint-Cyr à votre bon saint Hilaire, afin qu'il vous rende plus discrète.

(Madame de Maintenon s'en va.)

ENTRETIEN V.

Le Roi et Mademoiselle du Tron, seule au bord d'un bassin.

Le Roi.—Que faites-vous ici, belle rêveuse? j'étois en peine de vous.