Mlle du Tron.—Sire, il est fort facile de satisfaire Votre Majesté, il ne tiendra qu'à Elle d'en être bientôt le témoin oculaire; d'ailleurs, le temps est fort beau pour la promenade.

Le Roi.—Cela est vrai, et nous nous en trouverons mieux de prendre un peu l'air. Allons-y donc promptement.

ENTRETIEN XXI.

Le Roi, Mademoiselle du Tron, Madame de Maintenon et Monsieur Fagon.

Le Roi entre dans le parc avec Mademoiselle du Tron; Madame de Maintenon, l'apercevant, va au-devant de lui, suivie de M. Fagon, et dit:

Mme de Maintenon.—Quoi, Sire, toujours occupé avec les dames, pendant que vos ennemis prennent et bombardent vos villes? Ah! croyez-moi, Votre Majesté ne gagnera pas de batailles à Meudon, à Versailles ni à Marly; il faut qu'elle fasse d'autres efforts pour cueillir des lauriers cette campagne. Voyez les dépêches qu'un courrier vient d'apporter, qui marquent que nos affaires sont en très-mauvais état par mer et par terre.

Le Roi, en colère et d'un ton fort haut.—Parbleu, Madame, de quoi vous mêlez-vous? Vous êtes toujours sur pied. Et de qui viennent ces dépêches?

Mme de Maintenon.—Je ne sais pas bien encore, Sire; voici le paquet que Votre Majesté aura la bonté d'ouvrir.

Le Roi ouvre un paquet de lettres et dit:—Voyons d'abord, en voici une du maréchal de Boufflers[130]; l'autre, du duc de Villeroy[131]; et cette dernière est du comte de Montal, qui m'envoie apparemment les étendards et les drapeaux de la garnison de Dixmude[132]; la prise de cette place est un coup d'adresse, auquel mes louis ont eu un peu de part.

Mme de Maintenon lit la première.—Ah! Sire, le maréchal de Boufflers n'est point content des alliés; il dit qu'il n'a jamais vu pousser un siége avec tant de vigueur ni de courage.