Mlle du Tron.—Mon Dieu, mon illustre Prince, qu'il est inutile de vous le dire! un monarque comme vous, le plus aimable du monde, peut-il en douter? Il ne faut avoir qu'un cœur et des yeux pour sentir véritablement qu'on aime Votre Majesté, quand elle n'auroit ni sceptre ni couronne; et l'amour se feroit un reproche sensible de ne pas faire adorer un grand héros comme vous.
Le Roi.—Ah! Mademoiselle, que vous êtes honnête! et qui peut reconnoître tant de bontés! mais hélas! que ne suis-je assez pénétrant pour démêler l'amour d'avec la civilité! Ce mot «je vous aime», est fort facile à prononcer; mais qu'il est difficile à remplir!
Mlle du Tron.—Je l'avoue, Sire.
Le Roi.—Une véritable tendresse est hors de prix; mais l'on s'en pique rarement aujourd'hui, où la politique et l'intérêt triomphent en tyrans des cœurs mercenaires.
Mlle du Tron, rêveuse, ne répond rien.
Le Roi lui dit.—Où en êtes-vous, belle rêveuse?
Mlle du Tron, en remuant la tête.—Sire, j'en suis en l'île de Tendresse[129], que j'ai trouvée remplie d'un nombre infini d'amants, empressés, mais peu sincères.
Le Roi, en riant.—Vous n'éprouverez pas Mademoiselle, un pareil sort; mais ce que vous dites dans le général n'est pas une fiction, la chose est plus réelle que vous ne pensez.
Mlle du Tron.—Je le sais fort bien, Sire, c'est aussi pour cela que je le dis.
Le Roi.—Vos rêveries, Mademoiselle, sont si spirituelles, que je suis curieux de reconnoître cet heureux endroit de mon parc, que vous me marquez vous en avoir fait naître de si agréables.