Mlle du Tron.—J'en suis ravie, Sire; quel chagrin de n'être point à soi quand on le veut! En vérité, les personnes Royales sont exposées à mille et mille inquiétudes qui les rongent à tout moment.
Le Roi, en riant.—On trouve le moyen de s'en défaire quand on le veut, ma belle; il suffit de le vouloir.
Mlle du Tron.—Je n'en doute pas, Sire, mais...
Le Roi, en s'approchant d'elle.—Où avez-vous donc été, Mademoiselle, depuis que j'ai eu le chagrin de vous quitter?
Mlle du Tron.—Sire, j'ai été prendre l'air dans le parc, où j'ai goûté mille plaisirs.
Le Roi.—Quoi, Mademoiselle, toute seule en cet endroit solitaire?
Mlle du Tron.—Oui, Sire, je l'aime passionnément, et j'en fais mes délices; je ne trouve rien de si agréable que la rêverie.
Le Roi.—En amour, Mademoiselle, c'est quelque chose de charmant quand deux cœurs sympathisent bien ensemble; de petites absences ont je ne sais quoi de ravissant; serois-je bien le motif de votre rêverie?
Mlle du Tron.—C'est quelque chose d'approchant, mon Prince.
Le Roi.—Parlez, belle mignonne, parlez, m'aimez-vous? suis-je assez fortuné pour jouir d'un si grand bien?