Le Roi.—Qu'y a-t-il, Monsieur, à redouter? le breuvage est si doux.
M. Fagon, en riant.—Il est vrai, Sire, si Votre Majesté le prend avec modération, il ne lui fera point de mal; mais si elle passe la dose du médicament, Elle est en risque.
Mme de Maintenon.—Que je suis ravie, Monsieur, que vous avertissiez mon cher monarque de son salut! A l'âge où il est, les efforts ne lui valent rien, non plus que de certaines agitations d'idées et d'imagination qui lui échauffent le cerveau.
M. Fagon.—Rien n'est plus sûr, Madame; toutes les émotions ébranlent le corps et les parties sensibles qui se trouvent obligées de faire leur devoir par rapport aux passions qui les excitent, et si l'homme n'est bien fort, il succombe indubitablement.
Mlle du Tron.—Quel langage parlez-vous donc, Monsieur? l'on ne peut rien comprendre à votre discours.
Mme de Maintenon.—Mademoiselle, le style vous est peut-être inconnu; mais cependant j'en doute fort.
Mlle du Tron, d'un air fier et dédaigneux.—Je ne suis pas si savante que vous, Madame; mais le temps m'apprendra ce que je dois savoir.
Le Roi.—Si bien donc, Monsieur le Docteur, que pour se bien porter il ne faut point voir de femmes? Et comment s'en passer? Sans elles la vie est à charge, et nous devons au beau sexe les plus doux moments que la nature a formés.
M. Fagon.—Cependant, Sire, ces doux moments en font quelquefois naître de bien mauvais, et le tempérament foible et destitué de forces ne doit se servir des femmes et du vin que très-peu, seulement pour lui réjouir le cœur.
Le Roi, en riant.—Croyez-vous, Monsieur, que j'en use autrement?