M. Fagon.—Je ne sais, Sire, l'excès que Votre Majesté fait, mais l'un et l'autre sont dangereux.

Le Roi, lui prenant la main.—Monsieur, reposez-vous sur ma conduite, j'ai du ménagement dans mes passions.

Mme de Maintenon, à demi bas.—Pas trop.

Le Roi continue.—Je vous suis pourtant infiniment obligé de la part que vous prenez à ma santé.

M. Fagon.—Sire, ce n'est pas, comme Votre Majesté le peut croire, un autre motif qui me fait agir, que l'envie de voir régner plus longtemps votre personne Royale, tant pour la satisfaction de ses peuples, que pour la mienne; quel coup sensible ne seroit-ce point pour nous, si nous avions le malheur de perdre un Roi si doux et si débonnaire?

Mme de Maintenon.—Ah! Sainte-Vierge qu'entends-je? Vous avez grand tort, Monsieur, de nous faire un tombeau de douleurs avant le temps. Hélas! que deviendrois-je, mon Sauveur, si la mort m'enlevoit mon cher Prince?

Le Roi, d'un air railleur.—Calmez vos ennuis, Madame; eh! monsieur le Médecin, je ne suis pas encore si près de la mort que vous pensez; il me semble que je renais depuis quelque temps, je sens même augmenter ma vigueur de moment en moment.

M. Fagon, en riant.—Sire, Votre Majesté en a besoin.

Le Roi.—Je vous entends, Monsieur, nous en viendrons à bout avec le temps.

Mme de Maintenon.—Saint Ignace me puisse-t-il abandonner, si avant qu'il soit un mois, Votre Majesté ne regrette la paix et la douceur qu'elle goûtoit dans l'indifférence.