Mlle du Tron, au Roi.—Que cette vieille dame est ridicule avec son discours suranné, et ses expressions sanctifiées! Plût à Dieu que Saint Ignace l'emportât d'ici, et qu'elle nous laissât en repos.

Le Roi lui dit tout bas.—Un peu de complaisance, Mademoiselle, je vais bientôt la renvoyer dire son chapelet.

Mme de Maintenon.—Sire, Monsieur Erizzo[134], ambassadeur de Venise, est arrivé à Versailles; il demande audience à Votre Majesté.

Le Roi.—Quelle diable de figure voulez-vous que je fasse, Madame, avec cet envoyé? J'enrage de ce que les Turcs ont été défaits[135].

Mme de Maintenon.—Sire, il faut dissimuler, et lui faire connoître que Votre Majesté prend beaucoup de part à la victoire que la République a remportée sur les Turcs dans la Morée.

Le Roi.—Comment accorder ces paroles à son cœur?

Mme de Maintenon.—Mon Prince, il faut s'accommoder au temps.

Le Roi, poussant un soupir.—L'étrange politique! mais qui ne peut dissimuler ne peut régner. Madame, qu'on fasse mes compliments à l'Envoyé de Venise, et qu'on lui dise qu'en bref je lui donnerai audience.

Mme de Maintenon.—L'on suivra vos ordres, Sire; mais quand Votre Majesté viendra-t-elle à Versailles?

Le Roi, d'une façon impatiente.—Je verrai, Madame; allez seulement.