Le Roi.—Je goûte vos raisons; hélas! nous avons tout perdu à la mort du maréchal de Luxembourg[146]; ce général habile et consommé dans la guerre, auroit tout mis en usage pour préserver cette place de la fureur des ennemis, que l'on m'écrit s'être battus en diables.
Monseigneur.—Jamais siége n'a été poussé avec tant de violence.
La Princesse.—Avez-vous vu le prince d'Orange[147], Monseigneur? la renommée le fait passer pour un grand capitaine, qui même ne craint point la mort dans les plus grands périls.
Monseigneur.—Je l'ai vu plusieurs fois; c'est un prince fort généreux.
Le Roi.—Il ne l'est que trop pour nous, il seroit à souhaiter qu'il eût moins de courage, aussi bien que le prince de Vaudemont[148], qui tient toujours tête au duc de Villeroy.
Monseigneur.—Le dernier est vieux et n'a plus guère à vivre.
La Princesse.—Mon Dieu, que je voudrois bien que la guerre fût finie! Il me semble que l'âge d'or reviendroit.
Le Roi.—Je ne ferai jamais la paix à mon désavantage, mes peuples en dussent-ils crever.
La Princesse.—La résolution est cruelle, Sire.
Le Roi.—Je n'y saurois que faire, Madame; l'honneur du Roi marche à la tête de toutes considérations politiques et chrétiennes.