Alexandre Bontemps eut trois enfants, un fils aîné, Louis, qui eut encore plus de titres et dignités que son père; Alexandre-Nicolas, qui fut premier valet de chambre de la garde-robe; Marie-Madelaine qui épousa le riche Lambert de Thorigny, président en la Chambre des comptes, dont l'hôtel étoit et est encore un des plus riches de l'île St-Louis.—Voy. l'[Erratum] à la fin de ce pamphlet.

[52] Meudon.—«Mardi, 1er juin (1694).—Le matin, le Roi proposa à M. de Barbezieux l'échange de Choisy avec Meudon; il lui demanda pour combien Mme de Louvois avoit pris Meudon dans son partage. M. de Barbezieux lui dit qu'elle l'avoit pris pour 500,000 fr.; sur cela, le Roi dit qu'il lui donneroit 400,000 de retour et Choisy qu'il comptoit pour 100,000 fr., si cela accommodoit Mme de Louvois; ... qu'il vouloit qu'elle traitât avec lui comme avec un particulier et ne songeât qu'à ses intérêts.» (Journal de Dangeau.) L'affaire se fit, et dès le vendredi suivant M. de Villacerf étoit choisi par le Roi et Mme de Louvois «pour régler le prix des tableaux, des statues et des glaces qui sont à Meudon et que Monseigneur voudra conserver.» (Ibid.)—A partir de cette époque, le Journal de Dangeau parle fréquemment des promenades du Roi à Meudon, et du séjour qu'y faisoit Monseigneur.

[53] La marquise de Louvois, arrière-petite-fille du maréchal de Souvré, petite-nièce de Mme de Sablé, mourut en 1715: «Ce fut, dit Saint-Simon, une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis et pour les pauvres. Elle avoit la plus grande mine du monde, la plus belle et la plus grande taille; une brune avec de la beauté; peu d'esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son mariage, quoiqu'il ne se puisse rien ajouter à la considération que Louvois eut toujours pour elle.—Au lieu de tomber à la mort de ce ministre, elle se releva et sut s'attirer une véritable considération personnelle...» La suite de cet éloge, surtout dans Saint-Simon, donne la plus haute idée du mérite de Mme de Louvois, et de l'estime qu'avoient pour elle le Roi, la cour et la ville.

[54] Voyez ci-dessous. Ce trait paraît tout anodin si l'on se reporte aux œuvres des fondateurs ou des réformateurs d'ordres religieux; il paroîtra bien plus inoffensif encore si on le compare à tel passage du Théâtre italien que nous signalerons, pour montrer à quelle hardiesse de langage on étoit arrivé depuis l'époque où le Tartufe avoit été interdit. Nous en citerons un seul exemple, tiré du Banqueroutier, «comédie en 3 actes, représentée pour la première fois par les comédiens ordinaires du Roi dans leur hostel de Bourgogne, le 19e d'avril 1687.»

«Perrillet.—Ne t'aperçois-tu pas d'un certain jeune abbé qui vient fréquemment au logis, et que...

«Colombine.—Qui? l'abbé Goguette? ah! Monsieur, n'en prenez point d'ombrage... Je me connois un peu en gens. Premièrement, c'est un garçon de qualité qui a dix mille écus de rente en bons bénéfices, et qui est bien aise de manger son revenu avec quelque sorte d'éclat. Il voit tout ce qu'il y a de jolies femmes à Paris. Il joue gros jeu; son train est leste; il a une belle maison, des meubles magnifiques, et un cuisinier qui dame le pion au vôtre. Ha! le joli homme d'abbé que c'est! Je voudrois que Madame vous eût dit comme il fait bien les choses.

«Perrillet.—Ouf!... est-ce que ma femme sait cela?

«Colombine.—Bon, ils ne bougent d'ensemble... Rêvez-vous de croire que cet abbé soit amoureux parce qu'il fait de la dépense? Non moins que cela. C'est qu'il a de l'ambition: et, comme dans le monde on ne parvient à rien sans l'estime et l'approbation des femmes, il fait de son mieux pour les mettre de son parti. Il les promène, il les régale, aujourd'hui à l'Opéra, demain à la Comédie. De l'air qu'il s'y prend, c'est un drôle qui s'avancera en fort peu de temps et qui se va mettre dans une grande réputation.

«Perrillet.—Mais, Colombine, crois-tu qu'il ne se feroit pas autant de réputation en donnant une partie de son bien aux pauvres qu'en le mangeant avec les femmes?

«Colombine, riant.—Et d'où venez-vous, Monsieur? est-ce qu'on se fait abbé pour donner l'aumône? je pense que vous perdez l'esprit. N'est-ce pas une assez belle charité de faire vivre de pauvres diables de parfumeurs qui ne gagnent rien avec les femmes et qui mourroient de faim sans messieurs les abbés?»