A peu de jours de là, la guérison étant complète, les états généraux, en corps, allèrent offrir au prince leurs félicitations.

Par ordre du duc d'Anjou, eurent lieu, dans les églises de toutes les villes des services d'actions de grâces.

Guillaume assista à celui qui fut célébré à Anvers, le 2 mai, «au milieu d'une telle affluence de personnes venues pour le voir, et dont plusieurs pleuroient de joie, qu'à peine, à un certain moment, pouvait-on pénétrer dans l'église, ou en sortir[307]».

Si la reconnaissance du prince envers Dieu était profonde; quelle n'était pas, en même temps, celle de sa pieuse et fidèle compagne! Elle voyait comblé le plus cher de ses vœux, par le rétablissement de son mari; et, heureuse d'avoir pu accomplir, dans sa plénitude, vis-à-vis de lui, une tâche sacrée, elle acceptait avec une entière soumission l'austère dispensation sous laquelle désormais elle devait s'incliner. Les angoisses, les veilles, les fatigues de tout genre avaient, depuis le 18 mars, épuisé ses forces physiques, et un mal irrémédiable devait, en peu de jours, tarir chez elle les sources de la vie: elle allait mourir, et le savait.

Elle envisagea en chrétienne la mort qui, sur cette terre, allait la séparer de tous ceux qu'elle chérissait; et ce fut, en priant pour eux, en les bénissant, que, confiante en un revoir éternel, elle exhala son dernier soupir.

Quel moment solennel pour tous ceux qui l'entouraient, que celui où elle remit, en paix, son âme entre les mains de Dieu! Que de larmes, mais aussi quelle puissance de relèvement et d'espérance dans ces admirables paroles: «Toute mort des biens-aimés de l'Éternel est précieuse devant ses yeux[308].»—«Bienheureux sont dès à présent ceux qui meurent au Seigneur, car ils se reposent de leurs travaux et leurs œuvres les suivent[309]

L'histoire ne fournit aucuns détails sur la durée de la maladie à laquelle la princesse succomba, ni sur ses derniers entretiens, soit avec son mari, soit avec ses enfants, soit avec Mme de Mornay, qui l'assista, à l'heure suprême[310] ni sur les recommandations qu'elle put faire entendre, dans l'intérêt de ceux qu'elle aimait. L'intuition de quiconque peut aujourd'hui se faire une juste idée du caractère et des généreux sentiments de cette femme éminente suppléera aisément ici au silence de l'histoire.

Ce fut le 5 mai 1582, vers quatre heures du matin, que Dieu rappela à lui sa fidèle servante[311].

Les obsèques de la princesse furent célébrées à Anvers avec une solennité exceptionnelle[312].

«Si la douleur causée par sa mort pouvoit être capable de recevoir quelque allégement, ce fut qu'on la voyoit comme partagée par un grand nombre, et que chacun y prenoit part. Non seulement tout Anvers étoit tendu de deuil, mais aussi les yeux et la face de tous les habitans de cette superbe ville y rendoient des preuves sincères d'une véritable douleur. Ce qu'on peut contribuer d'honneur et de pompe pour un appareil funèbre y fut contribué; et le corps où une si belle âme avoit habité fut conduit par tous les ordres du pays, en une foule indicible, en ce superbe vaisseau que le vulgaire appelle la grande église, et fut mis, avec les regrets d'un grand peuple, en la chapelle de la Circoncision[313]