Des deux parties de la tâche immense que Guillaume, d'accord avec les représentants de la Hollande et de la Zélande, venait d'assumer, l'une, à savoir la recherche et l'obtention d'un appui étranger, impliquait, pour son accomplissement, d'inévitables délais; l'autre, ayant pour objet la défense et le gouvernement des deux provinces désormais unies, nécessitait le développement immédiat d'une activité qui devrait se soutenir indéfiniment.

Ferme à son poste, alors que maintes passions, maints intérêts contradictoires s'agitaient autour de lui, souvent mal secondé, parfois même desservi et calomnié, obligé de compter avec la versatilité des masses populaires, ralliant à peine à lui, dans les rangs supérieurs de la société, quelques hommes dignes de sa confiance et dévoués, le prince souffrait de n'avoir pas à sa disposition les ressources nécessaires pour pourvoir utilement à la défense du pays.

Dans le cours des hostilités, il subit divers échecs, sans toutefois s'abandonner au moindre découragement.

Fiers des avantages qu'ils avaient obtenus, les Espagnols visaient à un avantage plus grand encore, en cherchant à se rendre maîtres de Ziricksée. Ils avaient, depuis plusieurs mois, entrepris le siège de cette place importante, sur la défense de laquelle Guillaume concentrait ses efforts, lorsqu'une diversion momentanée à ses graves préoccupations lui fut apportée par un heureux événement de famille, dont il fit part au comte Jean, le 4 avril 1576, en ces quelques mots[119]: «Je ne veulx laisser de vous dire comme il a pleu à Dieu délivrer ma femme d'une jeune fille, le dernier jour du mois de mars passé, sur le matin.»

Un écrit d'un caractère purement privé, intitulé: Mémoyre des nativités de mesdamoyselles de Nassau est un peu plus explicite que le billet du prince; il porte[120]:

«Samedy, le dernier jour de mars, l'an 1576, entre les sept et huit heures du matin, madame la princesse accoucha, en la ville de Delft, en Hollande, de sa première fille, qui fut baptisée, le 29 d'avril ensuivant, au temple du cloistre, et nommée Loyse-Julienne, par madame la comtesse de Culembourg, au nom de monsieur le duc de Montpensier[121], par madame de Asperen, au nom de madame la comtesse de Nassau, mère de monseigneur le prince, et monsieur de Saincte-Aldegonde, au nom de monsieur le comte de Hohenloo, tesmoings audit baptesme.»

Une lettre écrite, au sujet de la naissance de Louise-Julienne, par Marie de Nassau, issue du premier mariage de Guillaume, et que la force des circonstances retenait, ainsi que les autres enfants du prince, momentanément éloignée de lui et de Charlotte de Bourbon, nous révèle les sentiments d'une jeune fille tendrement attachée à son père et à sa belle-mère[122]. Nous y lisons:

«Je ne vous saurois jamais escripre le contentement que ce m'est, que j'entends par votre lettre, qu'il a plû à Dieu de délivrer Madame d'une fille, et qu'elle se porte, semblablement ma petite sœur, assés bien; de quoy avons bien matière de rendre grâce à ce bon Dieu que le tout s'est si bien passé, puisque vous m'escrivés que Madame eut, en estant enceinte, beaucoup d'assaults de l'ennemy, ce qui a causé à Madame tant souvent grand peur et fascherie. Mais, puisqu'il en est si bien advenu, il en faut rendre grâce au Tout-Puissant.»

Prenant un vif intérêt aux opérations militaires que dirigeait le prince, Marie ajoutait: «Puisque Monsieur[123] est saisy de trois fortz, j'espère que, par cela, l'ennemy ne vous donnera plus tant de fascherie de sy près; et davantage, touchant Ziricksée, j'espère que nostre seigneur donnera aussy grâce qu'elle pourra estre ravitaillée, et ne faudray à mon debvoir.»

Sous l'impulsion du prince d'Orange, un effort énergique avait été fait, en mai 1576, pour dégager Ziricksée; non seulement il était demeuré infructueux, mais, de plus, il avait coûté la vie au héros de Leyde, au brave amiral Boisot. Informée de ce douloureux événement, Charlotte de Bourbon, que l'état de sa santé retenait à Delft, écrivit aussitôt à son mari[124]: