De son côté, le roi de Navarre pressait le duc de Montpensier de ne pas se borner, vis-à-vis de la princesse, sa fille, et de son mari, à un règlement d'affaires, mais de leur tendre la main et de se montrer juste et bon père, en leur accordant une affection dont ils étaient depuis trop longtemps privés. Sur ce second point, le duc, au mépris d'une parole donnée, hésitait encore. Il fallut que le roi de Navarre renouvelât ses instances[250]; et le père, en y cédant, ouvrit enfin son cœur à sa fille, au prince et à leurs enfants.

Un haut intérêt s'attacherait incontestablement à la connaissance des communications qui furent alors directement échangées entre le duc, Charlotte et Guillaume; mais, malheureusement elles ont, jusqu'à présent, échappé à toutes investigations.

Il ne se rencontre que deux documents qui fassent connaître, l'un, l'époque d'un rapprochement affectueux entre le père et la fille, l'autre, l'impression qu'en reçut le cœur de celle-ci. Le premier de ces documents est du 25 juin 1581, le second, du 29 juillet suivant.

Avant d'en produire la teneur, occupons-nous de quelques faits antérieurs à la double date qui vient d'être signalée.

Le roi de France avait, à la fin de l'hiver de 1581, consenti à l'envoi d'une ambassade en Angleterre, afin d'y aviser à la conclusion du mariage de la reine Elisabeth avec le duc d'Anjou. Le chef de cette ambassade était François de Bourbon, que devaient accompagner le maréchal Artus de Cossé, comte de Secondigny, Louis de Lusignan de Saint-Gelais, sieur de Lansac, Tanneguy le Veneur, sieur de Carrouges, gouverneur de Rouen, Bertrand de Salignac, sieur de La Mothe-Fénélon, qui avait été déjà ambassadeur en Angleterre, Barnabé Brisson, président au Parlement de Paris, Michel de Castelnau, sieur de La Maurissière, et Claude de Pinart, secrétaire d'État.

François de Bourbon, selon le désir de la duchesse de Bouillon, sa sœur, emmenait avec lui les deux jeunes fils de celle-ci.

Le 27 mars, la duchesse avait écrit, de Sedan, à son frère[251]: «J'envoie le sieur de Nueil, au temps qu'il m'a dit se falloir trouver à Calais, pour l'effect de vostre voïage, estant bien marrye n'avoir eu plus de loisir d'accomoder mieulx le train de mes enfans, auquel j'eusse désiré ne rien manquer, à l'honneur de vostre suite, le défaut duquel sera couvert de vostre faict, et excusé de vous, qui ne sera le premier bienfait receu pour tous lesquels sçachant n'y avoir chose qui vous les face mieulx employés, que quand ils seront sages et vertueux, je supplieray Dieu leur en faire grâce, requérant ceste de vous, qu'il vous plaise leur commander pour vostre service, comme aux plus obligez que vous y ayez.»

Arrivés de Sedan à Paris, pour y rejoindre leur oncle, au moment où il allait s'acheminer vers Calais, les deux jeunes gens avaient mandé au duc, leur grand-père[252]: «Monseigneur, comme toutes nos intentions tendent à vous rendre la parfaite obéissance que nous vous devons, sitost que la nouvelle de vostre bonne volonté nous a estée représentée ès lettres qu'il vous a pleu nous escripre, pour accompagner monsieur nostre oncle au voïage qu'il a entrepris, sommes retournez en ceste ville, nous rendre à ses pieds, pour luy faire très humble service, en ce qu'il aura agréable nous commander, et ayant mis tout l'ordre qu'il nous a esté possible, afin d'honorer sondit voïage, espérans partir ceste après-disnée, bien disposez de luy rendre toutes nos actions agréables.»

Le chef de l'ambassade, ses neveux, et tous les hauts personnages de sa suite s'embarquèrent à Calais, dans les premiers jours d'avril, et arrivèrent en Angleterre où ils furent honorablement accueillis.

Charlotte de Bourbon, qui se trouvait alors à Amsterdam avec son mari, exprima au prince dauphin combien elle serait heureuse si, à son retour d'Angleterre, elle pouvait recevoir sa visite.