«Guillaume, par la grâce de Dieu, prince d'Orange, comte de Nassau, etc., à tous ceux qui ces présentes verront, salut!
»Comme nous avons esté requis par nostre chère et bien-aimée épouse et compaigne de luy accorder et donner puissance et authorité de faire et ordonner son testament et disposition de dernière volonté, nous, pour le bon amour et inclination naturelle que nous luy portons, inclinans à son désir, luy avons volontairement accordé de pouvoir faire testament, un ou plusieurs, faire codicilles, et disposer entièrement de ses biens, tant meubles qu'immeubles, les laisser, léguer et donner par donation à cause de mort, par forme de testament, légat ou fidéicommis, à telle personne que bon luy semblera.
»En tesmoing de quoy avons fait expédier ces présentes soubz nostre seing et sceel de nos armes.
»Fait en la ville de Gand, ce 14e jour de novembre, l'an 1581.
»Guillaume de Nassau.
»Par ordonnance de Son Excellence:
»Valicome.»
Un premier testament de la princesse, en date du 12 novembre 1581, porte[268]:
«Pour ce qu'il n'est rien plus incertain que la vie, et plus certain que la mort, après avoir supplié nostre Dieu, père éternel de tous ses esleus, de me faire la grâce, qu'à quelque heure qu'il luy plaise de m'apeler, et de quelque maladie que ce soit, il me veuille donner congnoissance de luy jusqu'à la fin, accompagnée d'ungue vraie et vive foi, avec espérance en sa miséricorde, par Jésus-Christ, nostre Seigneur; aussy qu'il luy plaise m'oster tout regret et affection des choses terrestres, desquelles néant moins, d'aultant qu'il n'en deffend point le soing et prévoïance, je désire, devant qu'il luy plaise de m'appeler, faire déclaracion de ma voullonté à monsieur le prince, mon mari, m'aseurant que, pour l'amitié qu'il me porte, il ne l'aura point désagréable.
»En premier donc, je luy supplie très humblement que des cinq filles que Dieu nous a données ensemble, et l'enfant dont j'espaire, moïennant sa grâce, estre délivrée heureusement, il en veuille prendre grant soin, les fesant instruire en la crainte de Dieu et religion crestienne; et oultre cela, qu'il plaise à mondit seigneur faire ungue plus claire et spécialle déclaracion du bien qu'il luy plaira leur laisser qu'elle n'est contenue en nostre contrat de mariage, aïant égard, que de prétensions quy sont en France, il n'y a point grant aparance d'en pouvoir jouir, affin qu'il luy plaira d'y pourvoir de quelque autre costé, et de leur lesser le bien qu'il leur vouldra faire, clair et net, aultant qu'il sera possible; à quoy il semble que mondit seigneur le prince, mon mari, peut, de son vivant, donner ordre, le tout dépendant en ungue bonne partie de la déclaracion de sa voullonté, puisqu'il s'est réservé de la pouvoir déclarer par son testament.
»Je supplie aussy très humblement monseigneur le prince mon mari, de pourchasser vers le roy les quarante mille livres qui me sont deubs de la pension qu'il a pleu à Sa Majesté de m'acorder, laquelle je supplie très humblement d'avoir tousjours mes enfans pour recommandés, et se souvenir que, comme ressentant le debvoir de très humble subjecte et servante, je n'ay jamais prins alliance à mondit seigneur le prince, mon mari, sans premièrement le faire entendre à Sa Majesté et aussy Son Altesse; qui me faict espérer que cella les rendra tant plus favorables envers mes enffans; dont je leur fais très humble requeste, et à monseigneur mon père, d'emploïer sa faveur à cest affaire et selon le bien et l'honneur qu'il y a plû déjà me faire, qu'il luy plaise continuer ceste bonté et amour paternelle envers mes enfans; comme je fais aussy pareille et très humble requeste à madame ma belle-mère et à monsieur mon frère, affin qu'il leur plaise les avoir tousjours pour recommandés.
»Je supplie aussy très humblement monsieur le prince, mon mari, d'avoir tous mes serviteurs et servantes pour recommandés, et me permettre d'user de quelque libéralité envers eux, comme il s'en suit: