Charlotte de Bourbon.
Jean Taffin.[272]
Matthias de Lobel.
Godefroy Montens.[273]
Jacob van Warhkendouck.[274]
C. de Moy.[275]»
Charlotte de Bourbon n'avait écouté que son cœur, en rédigeant les divers écrits que nous venons de faire connaître: aussi, dès qu'elle les eut signés, put-elle, en paix avec sa conscience, se reposer dans l'ineffable sentiment d'un grand devoir accompli sous le regard de Dieu.
Ignorant s'il lui serait accordé le bonheur d'avoir désormais un enfant de plus à aimer, elle se soumettait, sur ce point comme sur tous autres, à une volonté suprême, et attendait avec calme ce que déciderait, à son égard, le Dieu dont les dispensations sont toujours, pour ses fidèles serviteurs, celles d'un père miséricordieux.
La dispensation dont bientôt elle fut l'objet devint pour elle une source de douces émotions, alors qu'elle put serrer dans ses bras le nouvel enfant que Dieu lui accordait.
Le Mémoire sur les nativités des demoiselles de Nassau contient à cet égard, la mention suivante: «Samedy, le 9e jour de décembre 1581, à trois heures du matin, madite dame accoucha, en Anvers, de sa sixiesme fille, qui fut baptisée audit temple du chasteau, le 25e de febvrier ensuyvant, et nommée Amélie par madame de Mérode, au nom de madame l'électrice palatine, vefve, et par madamoyselle d'Orange, fille de son Excellence, au nom de madame la comtesse de Meurs, et par messieurs du magistrat de la ville d'Anvers, qui luy accordent une rente de deux mille florins, par an, sa vie durant.»
A quelques jours de là, Charlotte de Bourbon eut la satisfaction d'apprendre que son cousin le prince de Condé se proposait de venir, dès que les circonstances le permettraient, dans les Pays-Bas, pour s'y associer aux généreux efforts de Guillaume de Nassau en faveur des populations, au sein desquelles il s'agissait d'assurer l'ordre et la liberté. Trop faible encore, depuis la naissance de sa fille Amélie, pour pouvoir écrire à son cousin, la princesse dut laisser Guillaume adresser, seul, à Condé, les lignes suivantes[276]:
«... J'ay esté bien aise d'avoir cogneu la bonne intention qu'il vous plaist avoir de nous venir veoir, sur ce printemps, mais principalement de ce qu'il a pleu à Son Alteze[277] vous en escrire et vous en prier, espérant que par ce moyen vous aurez avec le contentement de Sa Majesté, plus de facilité à dresser ce qui sera nécessaire pour une si louable entreprise. Quant à ce qui me touche en particulier et à messieurs les estatz, je vous supplie vous asseurer qu'il ne peult venir prince en ce pays qui y soit mieulx venu, et auquel nous desirions faire plus de service; mesmement cognoissant, qu'oultre l'affection que vous avez au service de Son Alteze et la bonne volonté que vous portez au bien et repos de ce pays, aussi que le desir de maintenir la querelle que nous soutenons, pour avoir reçu en ces pays la religion, vous convie dadvantage à vouloir prendre ceste peine et nous secourir; ce qui nous rend aussy plus obligez vers vous pour vous en rendre humble service. J'eûsse bien desiré que je vous eûsse pû, avec ceste responce, envoier une seconde lettre de la part de Son Alteze; mais voïant que sa venue est encores différée pour quelque temps, d'aultant que je dépêche un courrier vers le roy de Navarre, pour le supplier de nous laisser encores quelque temps icy monsieur Duplessis (Mornay), je n'ay voulu laisser ceste occasion sans vous escrire pour vous remercier bien humblement de vostre bonne affection qu'il vous plaist me communiquer, et vous supplier me tenir en vos bonnes grâces, auxquelles je me recommande bien humblement, priant Dieu vous donner, en bonne santé, heureuse et longue vie. D'Anvers, le 24e jour de décembre 1581.
«Vous excuserez, s'il vous plaist, ma femme, si elle ne vous escript, à cause que, depuis peu de jours, elle est accouchée de sa sixiesme fille.
»Vostre bien humble serviteur et amy,
»Guillaume de Nassau.»
La princesse d'Orange, s'étudiant, plus que jamais, à entourer son père de prévenances délicates, avait tenu à ce que l'aînée de ses petites-filles fit hommage au duc de Montpensier du premier ouvrage à la main qu'elle aurait appris à confectionner. Cet ouvrage était une ceinture, dont l'envoi fut accompagné de quelques lignes de l'enfant à son grand-père.