Ses enfants....! éperdus, atterrés, fondent en larmes et jettent des cris de détresse.
L'un deux cependant, Maurice de Nassau, avec une présence d'esprit au-dessus de son âge, fait immédiatement explorer, sous ses yeux, le cadavre et les vêtements de l'assassin. On trouve sur lui un poignard, des heures, un catéchisme de jésuite, des tablettes, un paquet de lettres, des agnus Dei, une médaille à l'effigie du Christ, une image de la Vierge, un petit cierge de couleur verte, deux pièces de peau. Toutes les lettres et les tablettes sont en langue espagnole. Ces dernières contiennent des transcriptions de prières et de vœux adressés à Jésus-Christ, à la Vierge, à l'ange Gabriel, afin qu'ils favorisent l'entreprise de l'assassin[287].
De l'exploration de ces divers objets ressort la preuve que le coupable et les instigateurs de son crime sont espagnols.
Marnix de Sainte-Aldegonde se hâte d'informer de cette circonstance capitale les magistrats d'Anvers, ainsi que le duc d'Anjou, et l'agitation qui régnait dans la ville commence à se calmer. On ne tarde pas à connaître le nom de l'assassin (Juan Jauréguy), et l'on réussit à arrêter deux de ses complices, Venero et Timmermann.
Cependant la princesse, dont l'énergie morale est toujours à la hauteur d'un devoir sacré à remplir, parvient à maîtriser, dans une certaine mesure, ses douloureuses émotions; et, dès qu'elle a recouvré assez de force physique pour se tenir au chevet du lit de son mari, elle s'y établit et lui prodigue les plus tendres soins, le soutient de ses ferventes prières.
Deux femmes d'élite l'assistent, en amies dévouées, dans l'accomplissement de sa sainte tâche: l'une est la comtesse de Schwartzenburg, sœur du prince[288], l'autre, Mme Ph. de Mornay.
Écoutons de Mornay nous retraçant une scène solennelle qui se passa, en présence de sa femme et de la princesse, peu après l'attentat commis par Jauréguy:
«Il est digne de mémoire, dit-il[289], que monsieur le prince se croyant mort il fut consolé par le sieur de Villiers, Pierre Loiseleur, son ministre; et, comme n'espérant plus rien de sa vie, se dispensa de la défense que les médecins lui avaient faite de parler. S'enquérant donc quel compte il pourroit rendre à Dieu de tant d'excès commis en la guerre, de tant de sang répandu, il (de Villiers) lui disoit qu'il avoit fait la guerre sous l'empereur Charles, et, qu'étant commandé par son prince légitime, il n'en étoit pas tenu. Pour les guerres civiles aussi, démenées pour une juste querelle, soit de la religion, soit de la patrie, y ayant apporté une bonne conscience, que tout cela étoit couvert de la justice de la cause. Lors le prince: A la miséricorde, monsieur de Villiers, mon ami! à la miséricorde, à la miséricorde!! c'est là mon recours, et n'y en a point d'autre!—Ma femme y étoit présente avec madame la princesse d'Orange, en cette extrémité.»
De Mornay dit encore[290]: «Pendant l'incertitude de cette blessure, n'est point croiable en quel soin en étoit tout ce peuple. Cette grande place entre la ville et la citadelle, dès le point du jour, étoit pleine de personnes de tout sexe, âge et condition, qui se venoient enquérir de son état; vraye récompense de ce qu'il avoit travaillé pour ce peuple.»
Les états généraux, qui, le jour même de l'attentat, s'étaient empressés d'en informer par écrit les magistrats de Bruges, leur adressèrent, dès le lendemain, 19 mars, les informations suivantes[291]: