Dix ans après, Roggewin, Mecklembourgeois, au service de la Hollande, sortit du Texel avec trois vaisseaux, il entra dans la mer du Sud par le cap de Horn, y chercha la Terre de Davis sans la trouver; découvrit dans le sud du tropique austral l’île de Pâques, dont la latitude est incertaine; puis, entre le quinzième et le seizième parallèle austral, les îles Pernicieuses, où il perdit un de ses vaisseaux; puis à peu près dans la même latitude, les îles Aurore, Vespres, le Labyrinthe composé de six îles, et l’île de la Récréation, où il relâcha. Il découvrit ensuite, sous le douzième parallèle sud, trois îles, qu’il nomma îles de Bauman, et enfin, sous le onzième parallèle austral, les îles de Thienhoven et Groningue; naviguant ensuite le long de la Nouvelle-Guinée et des Terres des Papous, il vint aborder à Batavia, où ses vaisseaux furent confisqués.

L’amiral Roggewin repassa en Hollande de sa personne sur les vaisseaux de la Compagnie, et arriva au Texel le 11 juillet 1723, six cent quatre-vingts jours après son départ du même lieu.

Le goût des grandes navigations paraissait entièrement éteint, lorsque en 1741 l’amiral Anson fit autour du globe le voyage dont l’excellente relation est entre les mains de tout le monde, et qui n’a rien ajouté à la géographie.

Depuis ce voyage de l’amiral Anson, il ne s’en est point fait de grand pendant plus de vingt années.

L’esprit de découverte a semblé récemment se ranimer.

Le commodore Byron part des Dunes le 20 juin 1764, traverse le détroit de Magellan, découvre quelques îles dans la mer du Sud, faisant sa route presque au nord-ouest, arrive à Batavia le 28 novembre 1765, au Cap le 24 février 1766 et le 9 mai aux Dunes, six cent quatre-vingt-huit jours après son départ.

Deux mois après le retour du commodore Byron, le capitaine Wallis part d’Angleterre avec les vaisseaux le Deflin et le Swallow, il traverse le détroit de Magellan, est séparé du Swallow, que commandait le capitaine Carteret, au débouquement dans la mer du Sud; il y découvre une île environ par le dix-huitième parallèle à peu près en août 1767; il remonte vers la ligne, passe entre les Terres des Papous, arrive à Batavia en janvier 1768, relâche au cap de Bonne-Espérance, et enfin rentre en Angleterre au mois de mai de la même année.

Son compagnon Carteret, après avoir essuyé beaucoup de misères dans la mer du Sud, arrive à Macassar au mois de mars 1768, avec perte de presque tout son équipage, à Batavia le 15 septembre, au cap de Bonne Espérance à la fin de décembre. On verra que je l’ai rencontré à la mer le 18 février 1769, environ par les onze degrés de latitude septentrionale. Il n’est arrivé en Angleterre qu’au mois de juin.

On voit que de ces treize voyages autour du monde aucun n’appartient à la nation française, et que six seulement ont été faits avec l’esprit de découverte; savoir, ceux de Magellan, de Drake, de Lemaire, de Roggewin, de Byron et de Wallas; les autres navigateurs, qui n’avaient pour objet que de s’enrichir par les courses sur les Espagnols, ont suivi des routes connues sans étendre la connaissance du globe.

En 1714, un Français, nommé La Barbinais le Gentil, était parti sur un vaisseau particulier, pour aller faire le commerce sur les côtes du Chili et du Pérou. De là, il se rendit en Chine où, après avoir séjourné près d’un an dans divers comptoirs, il s’embarqua sur un autre bâtiment que celui qui l’y avait amené, et revint en Europe, ayant à la vérité fait de sa personne le tour du monde, mais sans qu’on puisse dire que ce soit un voyage autour du monde fait par la nation française.