Fernand de Quiros, compagnon de l’infortuné Mindana, avait ramené au Pérou dona Isabella. Il en repartit avec deux vaisseaux, le 21 décembre 1605, et prit sa route à peu près dans l’ouest-sud-ouest. Il découvrit d’abord une petite île vers le vingt-cinquième degré de latitude sud, environ par cent vingt-quatre degrés de longitude occidentale de Paris; puis, entre dix-huit et dix-neuf degrés sud, sept ou huit autres îles basses et presque noyées, qui portent son nom; et par le treizième degré de latitude sud, environ cent cinquante sept degrés à l’ouest de Paris, l’île qu’il nomma de la Belle Nation. En recherchant ensuite l’île Sainte-Croix qu’il avait vue dans son premier voyage, recherche qui fut vaine, il découvrit par treize degrés de latitude sud, et à peu près cent soixante-seize degrés de longitude orientale de Paris, l’île de Taumaco, puis à environ cent lieues à l’ouest de cette île, par quinze degrés de latitude sud, une grande terre qu’il nomma la Terre australe du Saint-Esprit, terre que les divers géographes ont diversement placée. Là il finit de courir à l’ouest, et reprit à la fin de l’année 1606, après avoir encore infructueusement cherché l’île Sainte-Croix.

Abel Tasman, sorti de Batavia le 14 août 1642, découvrit par quarante-deux degrés de latitude australe, et environ cent cinquante-cinq degrés à l’est de Paris, une terre qu’il nomma Vandiemen; il la quitta faisant route à l’ouest, et environ à cent soixante degrés de notre longitude orientale, il découvrit la Nouvelle Zélande par quarante-deux degrés dix minutes sud. Il en suivit la côte environ jusqu’au trente-quatrième degré de latitude sud, d’où il cingla au nord-est, et découvrit par vingt-deux degrés trente-cinq minutes, environ cent soixante-quatorze degrés à l’est de Paris, les îles Pylstaart, Amsterdam et Rotterdam. Il ne poussa pas ses recherches plus loin et revint à Batavia en passant entre la Nouvelle-Guinée et Gilolo.

On a donné le nom général de Nouvelle-Hollande à une vaste suite, soit de terres, soit d’îles, qui s’étend depuis le sixième jusqu’au trente-quatrième degré de latitude australe, entre le cent cinquième et le cent quarantième degré de longitude orientale du méridien de Paris. Il était juste de la nommer ainsi, puisque ce sont presque tous des navigateurs hollandais qui ont reconnu les différentes parties de cette contrée. La première terre découverte en ces parages fut la terre de Concorde, autrement appelée d’Endracht, du nom du vaisseau que montait celui qui l’a trouvée en 1616, par le vingt-quatre et le vingt-cinquième degré de latitude sud. En 1618, une autre partie de cette terre, située à peu près sous le quinzième parallèle, fut découverte par Zéachen, qui lui donna le nom d’Amhem et de Diemen; et ce pays n’est pas le même que celui nommé depuis Diemen par Tasman. En 1619, Jean d’Edels donna son nom à une portion méridionale de la Nouvelle-Hollande. Une autre portion, située entre le trentième et le trente-troisième parallèle, reçut celui de Lieuwin. Pierre de Nuitz, en 1627, imposa le sien à une côte qui paraît faire la suite de celle de Leuwin dans l’ouest. Guillaume de Witt appela de son nom une partie de la côte occidentale, voisine du tropique du Capricorne, quoiqu’elle dû porter celui du capitaine Viane, Hollandais, qui, en 1628, avait payé l’honneur de cette découverte par la perte de son navire et de toutes ses richesses.

Dans la même année 1628, entre le dixième et le vingtième parallèle, le grand golfe de la Carpentarie fut découvert par Pierre Carpenter, Hollandais, et cette nation a souvent depuis fait reconnaître toute cette côte.

Dampierre, Anglais, partant de la grande Timor, avait fait en 1687 un premier voyage sur les côtes de la Nouvelle-Hollande, et était abordé entre la terre d’Amhem et celle de Diemen; cette course, fort courte, n’avait produit aucune découverte. En 1699, il partit d’Angleterre avec l’intention expresse de reconnaître toute cette région sur laquelle les Hollandais ne publiaient point les lumières qu’ils possédaient. Il en parcourut la côte occidentale depuis le vingt-huitième jusqu’au quinzième parallèle. Il eut la vue de la terre de Concorde, de celle de Witt et conjectura qu’il pouvait exister un passage au sud de la Carpentarie. Il retourna ensuite à Timor, d’où il revint visiter les îles des Papous, longea la Nouvelle-Guinée, découvrit le passage qui porte son nom, appela Nouvelle-Bretagne la grande île qui forme ce détroit à l’est, et reprit sa course pour Timor le long de la Nouvelle-Guinée. C’est ce même Dampierre qui, depuis 1683, jusqu’en 1691, tantôt flibustier, tantôt commerçant, avait fait le tour du monde en changeant de navires.

Tel est l’exposé succinct des divers voyages autour du globe, et des découvertes différentes faites dans le vaste océan Pacifique, jusqu’au temps de notre départ.

Depuis notre retour en France et la première édition de cet ouvrage, des navigateurs anglais sont revenus d’un nouveau voyage autour du monde, et ce voyage me paraît être celui des modernes de cette espèce où on a fait le plus de découvertes en tous genres. Le nom du navire est l’Endeavour; il était commandé par le capitaine Cook, et portait MM. Bancks et Solander, deux savants illustres. La relation de la partie maritime du voyage a déjà paru; et celle de MM. Bancks et Solander, avec tous les détails concernant l’histoire naturelle, est annoncée pour l’hiver prochain. En attendant, j’ai cru à propos de placer ici un abrégé de l’extrait de ce fameux voyage que M. Bancks lui-même a envoyé à l’Académie des sciences de Paris.

Partis de Plymouth le 25 août 1768, ils arrivent à la Terre de Feu, le 16 janvier 1669 après deux relâches, l’une à Madère, l’autre à Rio de Janeiro. Ils s’arrêtent cinq jours à la baie de Bon-Succès, et, ayant doublé le cap de Horn, ils dirigent leur route sur Tahiti. Du 13 avril au 13 juillet ils séjournent dans cette île, où ils observent en juin le passage de Vénus sur le disque du soleil. En sortant de Tahiti, un des Tahitiens embarqués avec eux les détermine à s’arrêter à quelques-unes des îles voisines; ils en visitent six où ils trouvent les mêmes mœurs et le même langage qu’à Tahiti.

De là ils dirigent leur route pour attaquer la Nouvelle-Zélande par quarante degrés de latitude australe.

Ils y atterrent le 3 octobre sur la côte orientale, et reconnaissent parfaitement, en six mois de circumnavigation, que la Nouvelle-Zélande, au lieu d’être partie du continent austral, comme on le supposait assez généralement, est composée de deux îles sans aucune terre ferme dans le voisinage. Ils observent aussi qu’on y parle différents dialectes de la langue de Tahiti, tous passablement entendus par le Tahitien embarqué dans l’Endeavour.