Là bien plus qu'au palais revit le souvenir de la princesse.
Le petit domaine est devenu sa propriété, peu après la faillite du prince de Guéménée; Louis XVI a mis certaine galanterie à faire cadeau à sa sœur d'une propriété qu'elle aimait.
Marie-Antoinette à voulu se charger d'annoncer à sa belle-sœur la nouvelle qui la comblera de joie, et, après avoir fait aménager et meubler la maison de Montreuil, elle y a emmené la jeune princesse: «Ma sœur, lui dit la Reine, vous êtes chez vous, ce sera votre Trianon. Le Roi, qui se fait un plaisir de vous l'offrir, m'a laissé celui de vous le dire[ [215].»
Il a été bien souvent décrit, ce domaine où Madame Élisabeth passa le meilleur de ses journées, pendant les six dernières années de son séjour à Versailles. Il existe encore, à peine modifié, depuis l'espace de temps écoulé, comme si les différents propriétaires qui se sont succédé avaient tenu à respecter la demeure devenue sacrée de la sœur de Louis XVI.
Le parc est situé à droite de la barrière lorsqu'on entre à Versailles. Il longe l'avenue de Paris et s'étend de la rue du Bon-Conseil à la rue Saint-Jules et à la rue Champ-la-Garde et a une contenance de 8 hectares. L'entrée était autrefois, 2, rue du Bon-Conseil; elle est maintenant, 41 bis, avenue de Paris. Ce parc amoindri sous la Révolution a retrouvé ses anciennes limites et ses différents propriétaires, résistant à la tentation d'en faire un quartier de villas lui ont conservé son aspect d'autrefois[ [216]. Seuls les arbres en grandissant ont donné à cette propriété jadis riante un aspect plus mélancolique et sévère.
Au centre de pelouses encadrées d'arbres magnifiques et émaillées de massifs de fleurs s'élève la maison dont quatre colonnes de pierre soutiennent le péristyle. La partie du bâtiment central est telle qu'elle était du temps de Madame Élisabeth; les deux ailes, abattues pendant la Révolution ont été rebâties au commencement du siècle sur leurs anciens fondements.
Au fond et à gauche, on voit la ferme de cette laiterie que l'histoire du Pauvre Jacques devait rendre célèbre «en dépit de la modestie de sa propriétaire, qui ne consentait à profiter des œufs de ses poules et du lait de ses vaches, que lorsqu'était terminée sa quotidienne distribution aux malades, aux vieillards et aux enfants de Montreuil[ [217]».
Un des premiers actes de Madame Élisabeth fut de donner à Mme de Mackau la maison qu'elle habitait rue Champ-la-Garde. «La petite maison de ma mère, a dit Mme de Bombelles, avait une porte qui communiquait dans le jardin de Madame Élisabeth. M. de Bombelles y eut une maladie, qui lui causa des douleurs horribles; la princesse qui avait pour lui des bontés extrêmes venait le voir journellement, l'encourageait, le consolait et partageait les peines que me causait cet état comme aurait pu faire la sœur la plus tendre.»
A Montreuil aussi, nous le savons, Madame Élisabeth retrouvait de précieux souvenirs. A quelques pas de là s'élevait le pavillon ayant appartenu à Mme de Marsan et où elle avait passé les heures les plus heureuses de son enfance. Après la mort de Mme de Marsan ce pavillon devint la propriété de Lemonnier, premier médecin du Roi, professeur de botanique de la princesse qui était resté son ami et son conseil.
Le Roi avait décidé que sa sœur ne passerait la nuit à Montreuil, que lorsqu'elle aurait atteint sa vingt-cinquième année. De 1783 à 1789, elle obéit à cette exigence.