Sur-le-champ, on instruisit leur procès. Ercole d’Istria, courtoisement invité à dire ce qu’il savait, donna libre cours à son ressentiment et fit une déposition copieuse. Aux deux autres, on appliqua la torture.

Torture cruelle s’il en fut et qui me dura pas moins de huit jours. A la quatrième séance, le malheureux Piovanello était fou. Sans répondre aux questions qu’on lui adressait au cours des pires supplices, il chantait le Gloria in excelsis et le Miserere.

Le cinquième jour, il dit au chancelier, chargé d’écrire sa déposition : « Toutes mes chairs seront brûlées, mais tout cela retombera sur ta tête. »

On lui étendit les pieds sur des charbons ardents ; il se tourna alors vers le commissaire : « Seigneur Autome, dit-il, vous êtes le bienvenu et je suis votre serviteur. » Puis il perdit connaissance : « Il s’endormit, raconte le procès-verbal et quoiqu’on lui appliqua, pendant environ une heure, la question du feu, il ne répondit pas, persévérant dans un profond sommeil. »

Un matin, le geôlier le trouva mort dans sa prison. Depuis plusieurs jours, déclara cet homme, jour et nuit, il criait et chantait à la façon des Corses quand ils se lamentent. Il appelait le diable à haute voix et disait qu’il voulait se laisser mourir de faim et de froid. Il se couchait tout nu sur des boulets de canon qui étaient dans sa prison. (Ceci se passait dans la première semaine de janvier 1567).

S’il faut en croire Filippini, ces boulets auraient fourni au Piovanello le moyen d’échapper au bourreau. Ayant mis l’un de ces boulets dans une embrasure assez élevée au-dessus du sol, et plaçant l’autre à terre, juste au-dessous du premier, il s’étendit sur le pavé, appuya sa tête sur le boulet d’en bas comme s’il voulait dormir, puis, faisant tomber l’autre en se servant des cordons de ses chausses, il s’écrasa la tête.

Le 11 janvier 1567, le commissaire rendit le jugement suivant, dont l’horreur macabre dépasse l’imagination. Cette sentence fut prononcée, ironie navrante, après invocation du nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, suivant la formule consacrée.

« 1o Le cadavre de Gio Francesco Cernucolo, appelé le Piovanello de Calvi, sera extrait de la prison, attaché sur un mulet et transporté au lieu affecté aux exécutions pour y être suspendu à la potence par un pied, la tête tournée vers la terre.

« 2o Paris de San-Firenzo est condamné à la mort naturelle. Le susdit Paris ne pouvant marcher, ses pieds ayant été brûlés, sera extrait de sa prison et conduit à un prêtre pour qu’il lui confesse ses péchés. Puis, il sera placé à cheval sur un mulet qui marchera côte à côte avec l’autre. Il sera conduit ainsi au-delà de la porte de cette ville, à l’endroit où est une batterie d’artillerie et là, il sera pendu par un pied, la tête en bas et, ainsi, sera arquebusé par les soldats. Ensuite, son cadavre sera transporté sur le mulet au lieu de justice pour y être attaché par un pied à la potence, la tête tournée vers la terre. »

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