Nasone ayant consenti, put regagner sa demeure et voir la fin de cette persécution démoniaque dont il avait été le misérable objet.
Jusqu’à sa mort pourtant, cette atroce vendetta devait avoir une effroyable répercussion. Non seulement elle avait modelé à coups de fusil un être au physique d’épouvante, mais encore dans la moelle de cet être, elle avait infiltré le poison subtil et torturant de la peur.
Un pas qui semblait s’acharner un peu après le sien, Nasone, le sentait à ses talons ; un froissement insolite de feuillages, et sa colossale stature était secouée d’un tremblement nerveux.
Et rien que je sache de plus pitoyable que la pensée de cette force démembrée, tourmentée par cette peur d’enfant.
GALLOCCHIO
Le voyageur qui se rend à Ampriani, chef-lieu d’une petite commune de l’arrondissement de Corte, aperçoit sur une colline qui domine la rive gauche de Corsigliese, affluent du Tavignano, au milieu d’un épais massif de châtaigniers, une maison isolée qui précède le village.
Elle était habitée en 18.. par Antonmarchi (Louis), propriétaire aisé, laborieux, mais avare et détesté de tous ses voisins. Il avait plusieurs enfants mâles et trois filles. L’aîné, qui devait perpétuer la famille, d’après l’antique usage du pays, s’appelait Joseph, mais on l’avait surnommé Gallocchio (petit coq), parce qu’il était très petit de taille et très éveillé. Dès son enfance, il avait eu à subir la tyrannie et les mauvais instincts de son père : car ce vieillard n’était entouré que d’ennemis, et il savait bien que le jour où les infirmités l’atteindraient, ceux-ci, et ils étaient nombreux, ne manqueraient pas de se venger de toutes les méchancetés qu’il leur avait fait endurer. Pour s’en défendre, il cherchait à inculquer ses sentiments de haine et de vengeance dans l’esprit de son fils.
Un jour que ce dernier rentrait pleurant et couvert de sang au domicile paternel, Antonmarchi lui demanda pourquoi il avait été battu et quels étaient ses agresseurs. L’enfant, pour se justifier, allégua que deux de ses camarades plus âgés que lui, s’étaient réunis contre lui et qu’il avait succombé dans la lutte. A ces mots, son père le maltraita si brutalement que l’enfant en fit une maladie ; il lui répétait sans cesse : Dans notre famille, un homme doit en terrasser quatre.
Il est facile de prévoir quels devaient être les résultats d’une telle éducation. Cependant, Gallocchio grandissait et intéressait ceux qui le connaissaient, soit par les mauvais traitements que son père lui faisait subir, soit par son intelligence précoce.
Le curé d’Ampriani l’attira chez lui ; il lui apprit à lire, à écrire, à compter, et même quelque peu de latin. Mais son père n’approuvait par ce genre d’éducation, et il aimait mieux le voir courir dans les maquis et s’exercer au maniement des armes à feu.