Elle revint toute joyeuse; elle allait sortir. Cette pensée me réveilla. Je la regardais avec envie: elle était libre, et moi je restais. Qu'avais-je fait! pourquoi ne m'avait-elle pas laissée où elle m'avait rencontrée? Une autre m'aurait recueillie, que je n'aurais pas fait mettre en prison. Je me laissai entraîner à lui adresser des reproches.

Elle donna le temps à mon cœur de se dégonfler, puis elle reprit:

—C'est mal ce que vous me dites là; je l'ai fait pour un bien. J'en suis plus fâchée que vous.

Elle avait raison; j'étais injuste.

—J'ai tort, lui dis-je, mais je suis si malheureuse! Ma mère me croira-t-elle? cet homme lui tourne la tête.

—Rassure-toi, je la verrai.

On fit l'appel, et nous, nous rentrâmes au dépôt, d'où l'on mettait en liberté.

Quand nous repassâmes par cette porte maudite et que je l'entendis se refermer derrière moi, il me sembla que mon cœur venait de s'écraser entre les gonds.

Toutes ces femmes prirent des chemins différents; je montai seule l'escalier.

On m'attendait en haut. Quand on m'eut ouvert la porte, ma mendiante vint au-devant de moi en riant.