—Ah! murmurait une vieille, qui était assise sur un banc, je n'ai qu'une peur, moi, c'est qu'on ne m'en mette pas assez. Il n'y a que huit jours que je suis sortie; je n'ai pas d'asile; je ne suis heureuse qu'à Saint-Lazare.
J'eus malgré moi un frisson à l'idée qu'on pouvait aimer une prison.
Je demandai à une femme qui était près de moi:
—Savez-vous, madame, quand on vous envoie à la correction, combien de temps on vous y laisse?
—Ça dépend de l'âge que vous avez: on peut vous garder jusqu'à vingt et un ans.
—Six ans ici! m'écriai-je... Ah! vous dites cela pour me faire peur! N'est-ce pas qu'on n'a pas le droit de me garder six ans malgré moi?...
Je m'étais adressée à une fille de la Cité, à une de ces femmes immondes, sans cœur, sans âme, qui insultent le malheur, qui ne viennent jamais en aide à la misère, qui blasphèment à chaque instant, qui se font une gloire de leurs vices.
Ces femmes se disent l'une à l'autre: J'ai bu une bouteille d'eau-de-vie! j'ai donné ou reçu tant de coups de couteau! j'ai pour amant un voleur célèbre. Celle qui peut se vanter de cela est admirée des autres. Ces femmes se coiffent d'un foulard sur l'oreille: elles ont des signes de ralliement. Elles sont la terreur des inspecteurs; car, lorsqu'elles sont en contravention, elles se défendent. Il y a souvent entre elles et les gardiens des rixes fort dangereuses.
C'est à une de ces créatures que je m'étais adressée, aussi prit-elle plaisir à me faire souffrir.
—Toutes ces petites coureuses-là, dit-elle à haute voix, ça nous fait du tort; je ne serais pas fâchée qu'on les tînt en cage. T'es sûre de ton affaire, va! tu ne rigoleras pas de sitôt! Quand j'en connais, moi, je les fais pincer.