Pourtant je lui dis de renoncer à cette idée; que cette existence était la plus malheureuse du monde. Je pensais à Thérèse.

—C'est une erreur, me dit-elle. Tu n'as vu que la basse classe de ces femmes, les laides ou les sottes. Mais j'en ai connu, moi, qui se sont fait une petite fortune, qui ont de beaux appartements, des bijoux, des voitures; qui ne sont en relations qu'avec des gens de la plus haute société. Si j'étais aussi jolie que toi, j'aurais bien vite fait mon affaire. Tu seras bien avancée de te marier à un ouvrier qui te battra peut-être, ou bien te fera travailler pour deux. Et puis tu es venue ici; tu auras beau faire, on le saura et on te le reprochera.

—Je ne crains pas cela; je n'ai pas fait de mal.

Elle se mit à rire et me dit:

—Comment le prouveras-tu?

Je n'eus rien à répondre.

Elle reprit.

—C'est égal, quoi que tu fasses, viens me voir quand nous serons sorties. Je ne veux pas faire comme ces éhontées qui vont, le nez au vent, montrer ce qu'elles font à mille personnes, se faire connaître de tout Paris. Je resterai dans un salon, je mettrai de l'argent de côté, puis après je vivrai à ma manière. Tu viendras avec moi si tu veux.

L'heure de rentrer au dortoir était arrivée; nous descendîmes doucement.

Tout ce qu'elle venait de me dire me dansa dans la tête toute la nuit. Je me voyais riche, couverte de bijoux, de dentelles. Je regardai dans mon petit morceau de miroir; j'étais vraiment jolie, et pourtant le costume n'était pas avantageux.