—Mais je vais lui dire tout ce qui s'est passé.
—Eh bien, si, comme tu me l'as dit, elle aime cet homme, ne le fais pas, sans savoir si elle le voit toujours. Il lui aura conté tout cela à sa manière. On pourrait t'oublier ici.
J'étais en bas. Un gardien me fit entrer et dit à ma compagne de m'attendre à la porte.
Ma mère était assise sur une chaise, au fond d'une grande salle, garnie de bancs en chêne tout autour. Les dalles étaient blanches. Il y avait un Christ au mur.
Je baissai la tête et j'attendis. J'avais perdu depuis longtemps l'habitude d'embrasser ma mère. Elle ne fit pas un pas vers moi; je n'osai pas m'approcher.
—Malheureuse! me dit-elle enfin, tu n'as pas honte de me faire venir ici.
Je relevai la tête; le ton avec lequel elle me parlait m'étonna. J'étais si sûre que c'était moi qui avais le droit de lui faire des reproches! D'abord, je ne sus que répondre; puis, sentant le sang me bouillonner au cœur, je lui dis:
—J'espère, ma chère mère, que tu sais ce qui m'y a conduite, et que tu ne viens pas me faire des reproches. Tu as mis assez de réflexion à venir ici; tu dois être faite à l'idée de m'y savoir, et, puisque te voilà, à l'idée d'y venir.
—Oh! me dit-elle, il paraît que cela n'a pas changé ton caractère. Il n'y a que trois jours que je sais que tu es ici; c'est le temps qu'il m'a fallu pour avoir une permission.
—Qui donc maintenant reçoit tes lettres?