La bonté et l'humanité de M. Régnier ne le mettaient pas à l'abri des rancunes auxquelles l'exposaient ses fonctions. A Saint-Lazare, c'était à qui le chansonnerait!

Combien de fois j'ai entendu proférer contre lui des menaces de mort!

Une fois même, M. Régnier a failli être victime de la fureur d'un de ces êtres à qui toute idée de discipline est insupportable, et qui haïssent instinctivement tous ceux qui sont chargés de maintenir l'ordre dans la société.

Dans ce temps-là, les femmes arrêtées étaient conduites dans le cabinet de M. Régnier; il prononçait en leur présence la condamnation aux punitions administratives qu'elles avaient encourues.

Une de ces femmes que j'ai essayé de dépeindre, quand je vous ai parlé de mon arrivée à la correction, lui lança à la tête un énorme presse-papier en marbre qui, heureusement, ne l'atteignit pas.

C'est même depuis ce moment que l'usage a été modifié, et que les condamnées apprennent seulement à Saint-Lazare la durée de la détention qu'elles auront à faire.

Je ne crois pas, d'après ce que j'ai vu, que M. Régnier ait prononcé dans sa vie une seule condamnation injuste. Cependant les haines, qui ne pouvaient éclater en sa présence, couvaient dans le fond de ces cœurs ulcérés. J'ai entendu dire, non pas à une femme, mais à cent:

—Oh! s'il y a une révolution, nous pendrons Régnier. Oh! s'il y avait une émeute, nos hommes brûleraient Saint-Lazare!

Pauvre monsieur Régnier! si bon pour moi et pour tant d'autres; j'ai souvent tremblé pour ses jours.

Sur son ordre, on me conduisit à la pistole. C'était une chambre de quatre pieds carrés, avec une fenêtre garnie de barreaux, un lit de sangles, une petite table.