Je partis comme j'étais venue, dans la même voiture: il n'y avait que mon costume de changé. Mais je ne savais pas encore l'impression terrible que le séjour à la correction devait laisser dans mon caractère, l'influence que ces quelques mois devaient avoir sur mon triste avenir.
Arrivée au dépôt, on me fit monter dans la chambre où j'avais déjà été. Il y avait foule: sept personnes dans cette petite pièce. Je restai là trois jours sans dormir et presque sans manger.
Le quatrième jour, M. Régnier me fit demander.
—Ah! ça, mon enfant, j'ai écrit à votre mère de venir vous chercher; comment ne vient-elle pas? Mais pourquoi donc avez-vous l'uniforme de la correction?
—Monsieur, c'est que j'ai prêté mes effets.
—Ah! et l'on a oublié de vous les rendre. Est-ce que vous avez été malade? vous êtes bien pâle.
—Oh! monsieur, si vous saviez où l'on m'a mise. Nous sommes les unes sur les autres. Je suis avec une bande de mendiantes alsaciennes. Je n'ai pas mangé depuis mon arrivée; tout cela me dégoûte.
—Allons, je vais vous faire conduire à la pistole.
Puis, tirant sa bourse, il me donna deux francs.
—Tenez, vous mangerez avec cela; et il me regarda avec un air de pitié et de bonté que je n'oublierai jamais.