—Où vas-tu donc? ce n'est pas notre chemin.
—Ah! pardon, ma bonne mère, lui dis-je en l'embrassant à plusieurs reprises, pardon! J'ai l'air d'une folle, n'est-ce pas? mais je suis si heureuse! Ah! que c'est bon d'être libre! Vois donc la rivière! comme elle est indépendante! comme tout cela est joli! Je ne m'en étais jamais aperçue. C'est vrai qu'il faut être privé des choses pour savoir ce qu'elles valent. Oh! que je t'aime, ma bonne mère!... Et je l'embrassai à la fâcher.
—Reste tranquille; tu vois bien que tu me chiffonnes. Je suis bien aise que tu y tiennes tant à la liberté; tu ne recommenceras pas.
Je n'étais pas à ce qu'elle me disait. Je répondais: Oui, maman.
—Nous allons rentrer: tu travailleras avec moi.
—Oui, maman.
—Ne sois pas malhonnête avec ce pauvre Vincent.
Cela me tira de ma contemplation. Je la fis recommencer.
—Oui, me dit-elle, tâche de vivre en paix avec lui, pour l'amour de moi.
—Comment pour l'amour de toi? Est-ce que tu espères le garder?