Ce fut elle qui s'arrêta et me regarda étonnée.
—Ah! c'est vrai, tu ne sais que ce que l'on t'a conté! je vais te dire la vérité.
Pendant ma narration, elle rougit, pâlit, pleura. Je venais évidemment de la faire beaucoup souffrir. Elle ne me répondit rien.
Nous arrivâmes. Vincent était à cette fenêtre où je m'étais blessée. Ma mère monta d'un pied ferme; mes jambes fléchissaient. La vue de cette maison me rappela tout, et l'air me parut étouffant. Enfin, prenant ma résolution, je montai plus hardiment.
—Qu'ai-je à craindre? me disais-je, ma mère est là. Je vais chez elle. Il ne pourra me démentir.
J'entrai, regardant Vincent en face. Je croyais le voir se troubler; pas un muscle de sa figure ne bougea.
Ma mère avait la même idée que moi; elle se retourna de mon côté, et me dit:
—Allons, répète devant lui tout ce que tu m'as dit en chemin.
Ce fut moi qui changeai de couleur et perdis contenance. Je vis la figure de ma mère s'éclairer d'un espoir qui me fit un mal affreux. Elle doutait de moi. Cette pensée me révolta.
J'avançai, la tête haute, le regard fixe. Vincent ne donna pas un signe d'émotion. Son calme m'exaspéra.