—Êtes-vous devenu muet! dites donc pourquoi je suis partie d'ici. Dites donc ce qui s'est passé! Et je lui répétai tout ce que j'avais dit à ma mère.
Quand j'eus fini, ma mère lui dit: «Répondez donc!» Cela avait plutôt l'air de dire: «Démentez-la, je vous croirai.»
Vincent sentit son avantage. Il n'en fut que plus impassible.
—J'attendais qu'elle eût fini. Je n'ai pas grand'chose à dire; du reste, vous savez que votre fille me déteste. Moi, je l'ai connue enfant, et, à cause de vous, je l'aime beaucoup. Elle est rentrée toute triste; j'ai tâché de la consoler. Je ne sais ce qu'elle s'est figuré; elle s'est sauvée. C'est un prétexte.
Je devins livide!
Je regardai ma mère. Sa figure était calme. Je serrai les dents et je sentis mon cœur trop étroit pour contenir ma colère et ma haine.
Ma mère eut sans doute peur de l'état dans lequel elle me voyait, car elle le pria de nous laisser seules.
Il prit son chapeau et passa près de moi. Ses lèvres ébauchèrent un sourire qui me mit en fureur.
—Tu le crois plutôt que moi, n'est-ce pas? Il me rit au nez. Il est bien sûr que tu le préfères; qu'il peut tout ici. Eh bien! je lui cède la place. Moi, je ne peux plus vivre ici. Tu es bien décidée à le garder, je pars.