—Voyons, Céleste, écoute-moi.
—Non: si tu ne me promets pas de mettre cet homme à la porte.
—Eh bien, oui, je le quitterai; mais écoute-moi. Il vient d'hériter de quelques mille francs; il me les a promis pour m'établir. Prends patience pour quelque temps; je ferai semblant de le croire. Contiens-toi. En changeant de logement, je me séparerai de lui, et nous resterons toutes les deux.
J'étais à bout de forces. Les insomnies, les émotions m'avaient épuisée. En songeant à l'avance à cette scène, je m'étais attendue à quelque chose de violent et de décidé; je m'étais dit:
—Ma mère choisira entre lui et moi.
Une minute décidera de mon sort. Je n'avais pas pressenti que cela tournerait en longueur. Le dénoûment prolongé me frappait de surprise et paralysait ma volonté. Ces idées d'intérêt et de calcul que ma mère me mettait en avant, pour différer de prendre un parti, m'affadissaient le cœur; je ne comprenais pas alors combien ce sentiment, qu'on nomme l'amour, avait de puissance sur l'âme des femmes de son âge: ma mère avait alors quarante-sept ans. Je ne cédai pas, je cessai de lutter. C'était tout ce que ma mère voulait.
Elle déposa ce masque de sévérité, qu'au fond du cœur elle savait bien que je ne méritais pas de voir sur son visage. Elle m'embrassa avec plus d'effusion qu'elle ne l'avait fait depuis longtemps. Je lui rendis ses caresses à contre-cœur, mais je les lui rendis.
Je me couchais avant que Vincent rentrât; je me levais quand il était parti. J'évitais toutes les occasions de le voir; car, lorsqu'elles se présentaient, c'étaient des querelles sans fin.
Le temps s'écoulait et je ne voyais aucun changement s'accomplir. Ma mère paraissait avoir oublié.
Un jour, il revint dans la journée, et me trouvant seule il osa me dire: