Un instant, toute ma tendresse me reprit; je voulais descendre et courir après elle.

Denise me retint.

—A quoi penses-tu? Ne veux-tu pas retourner chez toi, pour te trouver de nouveau entre ta mère et Vincent? Tu la rendrais malheureuse, et toi aussi. Laisse-la donc aller!...

Ce nom de Vincent me mettait toujours en rage. Mon cœur se tut.

Nous rentrâmes. La grosse femme nous attendait.

On me fit entrer dans un joli salon, au premier, et on me commanda un trousseau complet.

On ne me faisait pas grâce d'une minute. Le lendemain soir, je descendis dans une toilette éblouissante. On m'avait apporté une robe de velours épinglé blanc, des bas de soie, des souliers de satin, et une parure de corail.

Denise ne se sentait pas d'aise. Elle regardait d'un air de triomphe nos compagnes, dont la bienveillance était loin de s'accroître en proportion des progrès de mon élégance improvisée.

La grosse dame paraissait très-satisfaite de sa nouvelle pensionnaire, et me présenta à sa sœur, que, dans la maison, à cause de ce lien de parenté, on appelait ma Tante.

C'était une grande femme maigre, avec des cheveux blancs et des yeux noirs. Elle prit ses lunettes pour mieux m'examiner.