Quand je revins à moi, il me demanda ce que je voulais. Je me regardai et je compris: cette robe et ce manteau de soie, ce chapeau à fleurs l'étonnaient.

Je lui dis que j'avais la petite vérole, que cela avait effrayé tout le monde, et que je venais me faire soigner à l'hospice.

Il me fit tourner au jour, me passa le pouce sur le front et dit avec tristesse: «Oui, c'est vrai, mais c'est une grande imprudence que vous avez faite là.» Il me fit conduire dans une salle; une heure après, j'avais le délire. Je restai dix jours sans avoir un éclair de raison. Enfin les deux maladies, après s'être disputé ma vie, se séparèrent. La petite vérole resta seule. Je fus aveugle dix-sept jours; je m'entendais plaindre de chaque côté de mon lit; les sœurs me soignaient avec une tendresse maternelle. Je remerciais sans voir.

Les exhortations à la patience, à la résignation que me faisaient ces bonnes sœurs, me donnaient un peu de courage. J'en avais besoin, car, au dire des médecins, ma maladie était une des plus graves qu'ils eussent rencontrées. J'avais sur la figure comme un masque de poix de plusieurs lignes d'épaisseur, qui me fermait les yeux et les narines.

Je priais Dieu de me pardonner, de me rappeler à lui s'il trouvait que j'avais assez souffert. Alors une voix douce disait à côté de moi:

—C'est mal, ma fille, de demander la mort. Vous êtes si jeune, vous avez le temps de vous repentir!

Puis on me passait une plume et de l'huile sur la figure, et on soulageait l'âme et le corps malades.

Saintes femmes, que Dieu a faites à son image, que de charité et d'abnégation! Toujours en face du malheur, de la souffrance, de la mort, sans bouger, vous mourez à la peine, comme de bons soldats sur la brèche.

J'entendais le médecin demander le matin:

—Comment va le numéro 15?