Je lui racontai mon histoire de mon mieux. Je lui dis que je venais d'être enlevée, que ma mère devait être morte d'inquiétude. Je joignis mes mains, et je la suppliai d'aller prévenir maman.
Elle me coucha dans son lit, ferma sa porte à double tour et sortit.
Quand elle fut partie, je m'endormis. J'étais pourtant bien malheureuse, j'avais pourtant bien peur; mais la fatigue et la faim l'emportèrent sur mon désespoir. La faim! comme tous les enfants malheureux, j'avais formé le projet de me laisser mourir de faim, et j'avais obstinément refusé toute nourriture.
Mon sommeil était plutôt de la défaillance que du sommeil. Je n'entendis pas rentrer Marguerite. Elle dormait près de moi, quand je m'éveillai. Tout me revint en mémoire, et je lui demandai des nouvelles de ma mère.
—Je l'ai vue, me dit-elle: elle a l'air d'une bien honnête femme. Je lui ai dit où tu étais. Elle va venir, comme si quelqu'un du dehors l'avait avertie, car cet homme pourrait me battre, s'il savait que c'est moi qui suis allée la prévenir.
Nous entendîmes parler très-haut dans la salle du bas. Je jetai un grand cri; je venais de reconnaître la voix de ma mère.
Je m'élançai vers la porte. Marguerite me retint et frappant à la cloison:
—Est-ce que vous n'entendez pas le tapage qui se fait en bas? C'est une femme qui demande un enfant; cela pourrait bien vous regarder. Venez chercher votre fille.
Ainsi que Marguerite l'avait bien deviné, on ne répondit pas tout de suite de la chambre voisine. Elle me poussa dans l'escalier, attendit quelques secondes, de manière à me donner de l'avance, et s'écria bien haut, pour être entendue de tout le monde.
—Ah! bien, pendant que je vous parlais, la petite vient de se sauver.