—Ah! je comprends; pardon, je prenais monsieur pour votre père. Si j'avais su que c'était le vieux hibou qui vous ennuie tant et à qui vous dites, pour vous débarrasser de lui trois fois la semaine, que vous allez chez votre tante, à Versailles, je n'aurais pas parlé de votre Henri. Mais, aussi, vous ne me prévenez pas! vous me parlez d'un vieux monstre; je trouve monsieur très-bien, moi.

Je fis la révérence, et je partis en riant.

Je me mis à danser; tout le monde m'entoura. Je venais de faire une méchanceté; j'étais radieuse. J'entendais dire:

—Elle est bien mieux que Pomaré!

On la quittait pour venir à moi.

—Ah! me dit Brididi, les œillades vous battent en brèche!

Tous les hommes vinrent m'inviter.

—Oh! mais, dit il, me tirant par le bras, j'aurais moins de peine à défendre Mogador que ma danseuse!... Tiens, cria-t-il bien haut, je vous appelle Mogador!

Ce qui se passa est ridicule, mais exact, et n'est pas assez éloigné pour que l'on ne s'en souvienne pas!... Cent voix crièrent: vive Mogador! On me jeta vingt bouquets dans le cercle où je dansais.

Il y eut deux camps... D'un côté, on criait: vive Pomaré! de l'autre: vive Mogador! Les gens qui ne comprenaient rien et qui ne saisissaient que le bruit, criaient: vive Pomador! La garde fut obligée de s'en mêler!... Cela était si animé qu'on craignait une querelle de partis! Je fus obligée de me sauver pour partir; on voulait me porter en triomphe jusqu'à ma porte. Cela me fit grand peur, et, prévenue par Brididi, je pris la fuite à temps. Pomaré fut mise dans un fiacre; on détela les chevaux, et ce furent des jeunes gens qui la traînèrent jusqu'à la Maison-d'Or.