Après quelques mots échangés, je vis qu'elle prenait son rôle au sérieux et qu'elle se croyait reine. Le fait est qu'on ne l'abordait qu'ainsi:

—Chère reine, allez-vous danser? Où vous placerez-vous, que vos courtisans vous entourent?

Elle leur indiquait un endroit à voix basse. Ils s'en allaient tout fiers et prenaient un air de protection avec leurs amis qu'ils plaçaient.

—Tenez! voilà la reine Pomaré! disaient les uns en se poussant.

—Où ça?... disaient les autres ébahis.

On la montrait.

—Ah! c'est vrai; elle a l'air bien sauvage, répondait un provincial qui la prenait pour la reine de Taïti.

On avisa un abonné à lunettes, pion dans un collége, je crois: on l'entoura, on l'applaudit en lui disant:

—Bravo, Pritchard!

Le pauvre homme perdit la tête et fit trente-six gambades... On le porta en triomphe... Il enfonçait ses lunettes, relevait la tête, se croyant un grand personnage; mais, comme on ne le payait pas pour cet exercice, le pauvre diable fut renvoyé de sa place. Il conta ses peines à Pomaré, qui lui dit devant moi, avec le plus grand sang-froid du monde: