Voilà ce que me répétaient en masse ces gens qui me méprisaient, qui peut-être me trouvaient affreuse, ridicule; mais ils m'excitaient, je les amusais.—La vie est une comédie.

Quand je me reporte à ce temps et que je songe à toutes les excentricités que nous faisions, il me semble qu'on devrait nous les pardonner, car le succès qu'on nous a fait est plus coupable que nous.

L'orateur qu'on approuve s'enflamme; l'acteur qu'on applaudit redouble d'efforts; le soldat qu'on regarde, qu'on encourage devient plus intrépide; il n'y a pas une créature, dans quelque position qu'elle soit, qui ne soit sensible à la réclame!... Jugez si moi, sans éducation, n'ayant rien à perdre, je ne pouvais pas me laisser éblouir et entraîner.

Il n'est si petit théâtre qui n'ait ses rivalités. Mes succès à Mabille m'avaient valu beaucoup d'envieuses. Les hommes me firent un rempart d'amour et de fleurs.

Je détestais Pomaré, qui me le rendait bien.

Sans savoir pourquoi, on trouva qu'il serait charmant de nous faire faire vis-à-vis, et nos partisans négocièrent l'affaire avec toute l'importance d'un traité de paix.

Nous marchâmes l'une au-devant de l'autre, ne faisant pas un pas de plus. Elle me regardait avec ses grands yeux noirs fixes!... Elle me semblait plus désagréable que d'habitude!—J'eus envie de me sauver; mais je réfléchis que cela serait ridicule, et je lui tendis la main. Sa figure se dérida, et elle me dit d'une façon charmante:

—Je suis enchantée de faire connaissance avec vous; il y a longtemps que je le désirais. Si vous voulez me permettre d'aller vous faire une visite, je vous continuerai mon amitié.

Il y avait un air protecteur qui me déplut; mais je lui pris le bras et nous fîmes le tour du bal ensemble.

On se pressait tellement autour de nous, que c'est à peine si nous pouvions marcher.