J'allais m'attendrir, car je l'aimais encore, mais je repoussai toute idée de faiblesse.
—Croyez-vous donc que je n'étais pas tourmentée, quand je fis la route de Versailles à pied, la nuit, et que vous me laissâtes partir, sans même vous inquiéter de ce que je pouvais faire dans mon désespoir? Voyez-vous, nous ne serons pas fâchés, mais je n'oublierai jamais cette nuit-là.
Il n'osa plus dire une parole. Il m'aimait, j'allais pouvoir me venger. Je lui donnai un rendez-vous... j'arrivai deux heures plus tard, faisant semblant de pas voir qu'il m'attendait avec impatience.
Il me défendit d'aller dans les endroits publics... j'y allais exprès! La presse continuait à parler de nous... on venait en équipage nous voir, le soir, comme des bêtes curieuses. Tous ces badauds se disputaient une fleur de notre bouquet. Les femmes venaient nous voir aussi; elles disaient aux gens qui les accompagnaient: «Tâchez donc qu'elles viennent vous parler!...» On nous appelait, mais je me dérangeais rarement.
Pomaré regardait d'un air impudent, faisait mille excentricités et faisait fuir les curieux, rouges de honte. C'est à cause de cela, sans doute, que beaucoup venaient autour de moi et me faisaient des compliments.
Voilà pourtant les vilains services que vous rendent les oisifs. Ils ne reculent devant rien, eux qui, trop vieux ou trop ennuyés d'eux-mêmes pour savoir s'amuser, cherchent à tout prix des objets de distraction.
J'avais ma cour, comme Pomaré avait la sienne.
—Elle est charmante! disait l'un en me lorgnant.
—Vous allez voir comme elle danse bien, disait l'autre.
—Quelle souplesse! comme elle est gracieuse!...