—A tantôt! dit Pomaré, rue Gaillon, 19. Si vous oubliez le numéro, demandez dans la rue la reine Pomaré.
Je trouvai cette gasconnade prodigieuse, et il me sembla plus prudent de me souvenir de la rue et du numéro.
Je venais de voir un échantillon de cette vie qui, de loin, me semblait si belle et à laquelle j'avais si souvent rêvé de m'associer. Je puis me rendre cette justice, que toute cette joie me parut triste, et que je rentrai chez moi le cœur bien vide et l'âme bien découragée.
XI
LA REINE POMARÉ.
A onze heures, j'étais chez ma nouvelle amie. Je m'attendais à voir un boudoir richement meublé; je fus toute surprise de me trouver dans un chenil: c'est du moins l'effet que me fit le logement de Pomaré, tant il y avait dans ce logement de désordre et de malpropreté.
Elle habitait une grande chambre, à peine meublée; sa commode était couverte d'une foule de petits objets, rappelant ses triomphes au bal Mabille.
Il y avait sur chaque objet un pouce de poussière; on voyait sur une table des papiers en désordre, une masse de numéros du Charivari; sa robe bleue traînait à terre.
Je remarquai, appendue au mur, une bonne Vierge en plâtre avec un petit collier et une couronne. La Vierge, avec ses bras ouverts, semblait contempler ce désordre et le prendre en pitié. Sur la cheminée, la reine avait mis son chapeau dans une assiette. Je n'osais pas faire un pas. Elle était encore couchée, tête nue et les cheveux tout ébouriffés.
—Pardonnez-moi, me dit-elle; mon ménage n'est pas encore fait. La personne qui me loue se charge de tout faire et ne fait rien. Asseyez-vous donc!