Il y a aux portes de vieilles voitures qui passent la nuit; un pauvre cheval maigre attend que son maître ait chargé pour avoir son déjeuner. On ne veut pas de lui, et on l'appelle rosse. Pauvre bête! il a été jeune et bon! Je regardai Pomaré, et je me dis:

—Voilà notre avenir!

Il n'y a, à cette heure-là, dans les rues, que les balayeurs et les chiffonniers. Les premiers vous regardent, appuyés sur leurs balais, et chacun se dit probablement:

—Ce que ces fous viennent de dépenser dans une nuit me ferait vivre un an.

On leur donne quelquefois de l'argent, mais on passe le plus souvent sans les regarder.

Nous rentrions à pied. Pomaré paraissait moins fatiguée que tout le monde; elle était d'une pâleur extrême, mais ses lèvres étaient rouges, ses yeux brillants.

Nous traversions le boulevard; une balayeuse comme il y en a peu, elle travaillait activement, envoya toute sa poussière dans les jambes de Pomaré, qui, peu endurante de sa nature, l'interpella en l'appelant bête.

La femme au balai l'entreprit à son tour.

—Tiens! voyez-vous ça, madame l'embarras! Faut-il pas que je quitte mon ouvrage pour faire place à cette demoiselle! Avec ça qu'elle est belle! J'ai été un peu mieux que toi, ma petite, et un peu plus huppée; mais j'étais pas fière avec le pauvre monde!

Nous étions déjà bien loin. Nous nous séparâmes quelques instants après.