Et il descendit en grognant.
J'avais tout entendu et j'étais fort embarrassée. Elle ne perdit pas contenance, et me dit en rentrant que nous allions déjeuner dehors, parce que son domestique n'était pas rentré; que le concierge venait de l'en prévenir.
C'était trop fort; je me mordis les lèvres pour ne pas rire aux éclats. Je l'avais vue, la veille, jeter au moins dix francs de monnaie. Évidemment elle était folle.
—Ah! dit-elle, en passant devant la petite Vierge, je t'avais oubliée.
Elle prit cette petite Vierge, l'embrassa, lui adressa quelques paroles qui ressemblaient à une prière. J'entendis ces mots: «Sainte Mère de Dieu, aie bien soin de lui; il est plus heureux près de toi.»
Elle remit la Vierge à sa place et revint près de moi. Le mouvement de ses bras fit ouvrir sa chemise; je vis sur sa poitrine un scapulaire, des médailles, une petite croix. Cela me fit mal.
J'ai une grande croyance en Dieu; quand je souffre, je l'invoque; quand je suis heureuse, je le remercie; mais ces insignes de la religion chrétienne me semblaient un blasphème sur sa poitrine.
Je priai Pomaré de m'attendre; je descendis quelques instants, et je revins avec tout ce qu'il nous fallait pour déjeuner.
—Je vais vous rendre tout-à-l'heure ce que vous avez dépensé, me dit-elle avec un aplomb incroyable.
«Dieu! la vilaine femme! me disais-je, elle est menteuse comme personne.»